Peleman Industries opte à 100% pour l’énergie éolienne
Par Els Jonckheere | Energymag | 05.10.11 | Publié dans Energymag n° 18 |
Peleman Industries endosse volontiers son rôle de pionnier. Cette philosophie, elle ne l’applique pas qu’à ses produits: sur le plan environnemental également, elle aime montrer l’exemple. C’est pourquoi, il y a cinq ans déjà, ce fabricant a décidé d’ériger des éoliennes sur son terrain. De l’idée à sa réalisation, le parcours fut long mais, aujourd’hui, le site de Peleman arbore fièrement deux turbines éoliennes qui, ensemble, génèrent une puissance de 4,6 MW.
L’énergie est un poste de coût qui accapare une partie importante du budget de fonctionnement de Peleman Industries. Pourtant, le besoin de réduire les coûts n’était pas la motivation première dans l’idée d’installer des éoliennes sur le site. “Depuis une dizaine d’années, la responsabilité environnementale des entreprises constitue une question sensible“, explique le président et CEO Guido Peleman. “Mais pour de nombreuses sociétés, cette notion n’a de sens que si elle implique la possibilité de gagner de l’argent. Nous envisageons la question sous un angle plus large: nous pensons qu’il est de notre devoir, en tant qu’entreprise, de produire d’une manière aussi écologique que possible. C’est pourquoi nous avons rapidement décidé d’examiner si nous pouvions générer notre propre énergie verte. Nous avons immédiatement exclu les installations photovoltaïques de notre liste, pour la simple et bonne raison que nous ne trouvons pas cette solution réellement écologique. En effet, les panneaux solaires contiennent des composants aussi bien rares et naturels que non recyclables et préjudiciables à l’environnement. La cogénération ne constituait pas davantage une option pour Peleman Industries, étant donné que nous ne disposons pas d’une superficie suffisante pour qu’une telle installation soit rentable. C’est ainsi que nous avons décidé de tout miser sur l’énergie éolienne. Hélas, cette solution ne s’est pas avérée l’option la plus facile à mettre en œuvre. La procédure de demande, terriblement complexe, est l’affaire de spécialistes. Par ailleurs, l’exploitation de cette source d’énergie n’est pas non plus une sinécure. L’objectif premier de notre démarche étant la responsabilité environnementale de l’entreprise, nous avons décidé de rechercher un partenaire à qui confier l’exécution et le financement du projet. C’est ainsi que nous sommes entrés en contact avec Air Energy.“
Situation idéale
Air Energy (qui, entre-temps, est devenue la filiale du fournisseur d’énergie néerlandais Eneco) s’est chargée de l’ensemble des opérations, de l’étude à la réalisation, et du financement. Miguel de Schaetzen d’Air Energy: “Nous avons commencé par réaliser une analyse environnementale car, en Belgique, la construction de turbines éoliennes est soumise à de très nombreuses restrictions. Ainsi, une distance minimale de 250 mètres doit être observée par rapport aux habitations, la zone ne peut se trouver sur une route aérienne pour les avions ou migratoire pour les oiseaux, le sol doit être suffisamment stable, le sous-sol ne peut comporter aucune conduite de gaz et des normes strictes doivent être respectées en matière de bruit et d’ombre projetée. En outre, le potentiel éolien doit être suffisant: les zones comportant de nombreux obstacles sont donc exclues. Pour ces raisons, il est très difficile en Belgique, et particulièrement en Flandre, de trouver un endroit qui réponde à toutes les conditions. Mais, par miracle, le site de Peleman Industries appartenait à ces exceptions. Pas étonnant, dès lors, que nous ayons immédiatement saisi l’offre de Guido Peleman. Mieux encore, nous avons contacté les entreprises du voisinage pour leur demander si elles seraient intéressées par un tel projet. Et nous avons été bien inspirés, Pfizer, qui est localisée juste en face de Peleman Industries, a également décidé de franchir le cap. L’entreprise a cependant décidé de financer et d’exploiter elle-même les éoliennes. Nous ignorons les raisons précises du choix de cette formule, mais le fait que ses besoins énergétiques correspondent plus ou moins à la future production de la turbine n’y est probablement pas étranger.“
Peu de bruit et faibles besoins d’entretien
À la phase d’étude a succédé une bataille procédurale de quatre ans. Car, même lorsqu’un site répond à toutes les exigences, il reste très difficile d’obtenir les autorisations nécessaires. En décembre 2010, finalement, Air Energy a pu entamer la construction des éoliennes. Au total, trois turbines ont été installées, dont deux sur le site de Peleman Industries. Miguel de Schaetzen: “Les éoliennes devant être implantées assez près des entreprises, nous avons opté pour les turbines fabriquées par Enercon. En effet, celles-ci produisent peu de bruit et demandent peu d’entretien: deux atouts importants dans un tel environnement. Il n’était pas seulement essentiel de limiter la nuisance sonore. Nous ne pouvions pas non plus demander à Peleman Industries de nous ouvrir continuellement son site pour l’exécution d’opérations de maintenance ou de réparations. Si les turbines Enercon sont performantes précisément dans ces deux domaines, c’est grâce à la technique du ‘direct drive’ sur laquelle elles sont basées. Selon ce procédé, les ailes sont directement reliées au générateur, sans passer par un réducteur. L’absence de réducteur réduit le bruit, l’usure et donc l’entretien, tout en permettant une production supérieure à celle des autres types d’éoliennes. Cette technique requiert néanmoins l’utilisation d’une nacelle plus grande et d’une forme différente de celle des turbines traditionnelles. Le rotor accomplit entre 18 et 22 tours par minute, ce qui correspond à la vitesse des autres modèles. Cependant, le générateur, lui aussi, ne réalise que 22 tours, alors que le générateur d’un modèle muni d’un réducteur en exécute 1 000. C’est précisément ce qui explique pourquoi ces turbines sont quasi silencieuses. Par ailleurs, l’absence de réducteur fait en sorte que moins de composants sont en mouvement. Ceci, combiné à la faible vitesse du générateur, explique les besoins réduits d’entretien. Ajoutons que ce concept de turbine permet de produire de l’électricité pratiquement en permanence. En effet, elles fonctionnent lorsque la vitesse du vent est comprise entre 12 et 100 km/h, ce qui, en Belgique, correspond à 90% du temps.“ Un autre aspect qui distingue les turbines Enercon de leurs concurrentes est le mât. Celui-ci est partiellement composé de béton (jusqu’à une hauteur de 88 mètres) précontraint à l’aide de 17 câbles, lesquels sont ensuite fixés par une fine couche de béton. Miguel de Schaetzen: “L’avantage est qu’il en résulte une construction très solide qui, en outre, est réalisée en préfabriqué.“ Au-dessus de la construction en béton est placée une partie en acier. Dans le cas de Peleman, l’ensemble du mât atteint une hauteur de 108 mètres. Si nous comptons les ailes, nous arrivons à un point culminant de 150 mètres.
Bientôt opérationnelles
Actuellement, le projet se trouve dans sa dernière phase: l’éolienne de Pfizer est déjà opérationnelle, tandis que celles de Peleman Industries doivent encore être pourvues de leurs ailes. Elles seront néanmoins complètement achevées à la mi-juin. Guido Peleman: “La production d’énergie des turbines de notre site est estimée à 10.000 MWh, ce qui correspond approximativement à la consommation de 2.000 à 2.500 ménages. Nous utiliserons nous-mêmes environ 30% de cette capacité, tandis que le reste sera placé sur le réseau et vendu par Eneco. Le fait que ce fournisseur d’énergie se soit impliqué dans le projet nous semble très positif car, grâce à son expérience et son réseau étendu de clients, l’énergie éolienne de nos turbines pourra être exploitée de manière optimale. Eneco procèdera en effet à un contrôle permanent de la production, qui variera constamment selon la force du vent. Son accès au marché lui permettra de trouver l’équilibre idéal pour placer de l’électricité sur le réseau en fonction de l’offre et de la demande.“
Rien que des avantages
Même si, avec ce projet, Peleman Industries n’avait pas pour objectif premier de réduire les coûts, les éoliennes permettront de réaliser de sérieuses économies: l’entreprise ne devra plus payer de frais de transport et de distribution de l’électricité, ce qui réduit déjà les dépenses de 30%. Qui plus est, Guido Peleman espère voir arriver bientôt sur le marché des batteries permettant de stocker l’énergie. Ses attentes sont grandes à l’égard du secteur automobile: il se dit que, peut-être, Peleman Industries sera l’une des premières entreprises à disposer d’un parc automobile exclusivement équipé de voitures électriques, ce qui contribuerait également à une réduction considérable des coûts. Qui plus est, l’entreprise percevra pendant vingt ans un loyer pour le terrain qu’elle met à disposition. Air Energy s’est d’ailleurs contractuellement engagée à démonter les éoliennes à l’expiration de cette période. Miguel de Schaetzen: “Nous verrons au fil du temps si cela s’avère nécessaire. Car, naturellement, il est tout à fait possible qu’après une réhabilitation, les turbines soient en état de fonctionner dix années de plus, a fortiori parce que les éoliennes Enercon s’usent très lentement. Le cas échéant, nous négocierons un nouveau bail avec Peleman Industries, du moins si l’entreprise n’a pas besoin de cet espace pour développer sa production. Ceci dit, la technologie en matière d’éoliennes n’en est qu’à ses balbutiements. À nos débuts, en 2001, la puissance moyenne s’élevait à 0,5 MW alors qu’aujourd’hui, on parle déjà de 3,2 MW. Peut-être que dans vingt ans, dès lors, il sera plus avantageux de construire un nouveau type de turbine beaucoup plus rentable.“
Deux partenaires heureux
Ni Peleman Industries, ni Air Energy/Eneco ne cachent leur satisfaction quant à cette réalisation. Guido Peleman: “Je ne puis que conseiller aux entreprises qui disposent de terrains dans une zone sans restrictions de se lancer dans ce type de projet. En effet, de la manière dont Air Energy/Eneco et nous-mêmes avons travaillé, la construction d’une éolienne ne comporte que des avantages, tant financièrement parlant que sur les plans écologique et social. En outre, pour une entreprise, les efforts à fournir sont très faibles. Bien entendu, il faut se concerter de temps à autre et être prêt à mettre son terrain à disposition durant la période de construction, mais c’est bien peu de choses en comparaison des bénéfices!“
À propos de Peleman Industries
Fondée en 1939, Peleman Industries est spécialisée dans la fabrication de solutions de reliure et de couverture pour tous types de livres et de rapports. Ses produits et systèmes sont vendus dans 120 pays à travers le monde. L’entreprise, qui est encore à 100% la propriété de la famille Peleman, possède aujourd’hui 19 filiales (en Europe, en Chine et aux États-Unis) et quatre sites de production (en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et aux États-Unis) qui emploient, au total, environ 600 travailleurs.
À propos d’Air Energy/Eneco
En 2001, Frédéric Dewans et Luc Regout ont décidé de se lancer sur le marché belge en tant que producteurs d’énergie verte. À l’aide d’un financement propre, ils ont fondé Air Energy, avec laquelle, deux ans plus tard, ils construisaient déjà un premier parc à éoliennes à Gembloux. Aujourd’hui, l’entreprise compte 52 réalisations à son actif, dont la plupart sont sa propriété. Miguel de Schaetzen: “Jusqu’il y a peu, toutes les éoliennes se trouvaient en Wallonie mais nous avons récemment réalisé nos premiers projets en Flandre, notamment avec Peleman Industries, ainsi qu’un parc de sept turbines sur une parcelle agricole à Arendonk.“ Afin d’assurer sa croissance, Air Energy est entrée en Bourse en 2007. Mais un an plus tard, le fournisseur d’énergie néerlandais Eneco a décidé d’acheter toutes les actions. Depuis lors, Air Energy opère en tant que “composante énergie éolienne“ de la multinationale. Avec une vingtaine de collaborateurs répartis dans deux bureaux (Malines et Gembloux), elle se charge de l’intégralité des projets relatifs aux éoliennes: de l’analyse à la construction, l’exploitation et la vente de l’électricité, en passant par le développement du concept et le choix du producteur.
Eneco est un groupe néerlandais spécialisé dans la production et l’approvisionnement en énergie. Il emploie 6.500 personnes, compte plus de deux millions de clients et génère un chiffre d’affaires de près de cinq milliards d’euros. Jeroen Reijnen, directeur de la communication: “Jusqu’en 2003, nous avons travaillé exclusivement aux Pays-Bas. Mais la même année, nous avons commencé à fournir de l’électricité et du gaz naturel à de grandes entreprises belges. Depuis quelques mois, cette prestation de services s’étend aux PME et nous envisageons, dès l’automne, d’également fournir les consommateurs. Ce qui rend Eneco si particulière, c’est notre objectif d’approvisionner nos clients en vraie énergie verte. À cet effet, nous investissons dans la production propre d’électricité alternative. C’est ainsi que depuis 2007, nous avons construit plusieurs centrales CCF, dont cinq en Belgique. Un an plus tard, avec le rachat d’Air Energy, nous nous sommes lancés sur le segment des éoliennes. Et en 2009, nous avons établi notre troisième pilier: l’énergie solaire, grâce à l’acquisition d’Ecostream. Aujourd’hui, 43% de l’électricité fournie en Belgique provient déjà de nos propres installations. Cette proportion va néanmoins être considérablement augmentée dans un avenir proche, étant donné que nous possédons une concession sur les parcs éoliens qui sont en construction en mer du Nord, qui nous fournira 360 MW. Dans la poursuite de notre objectif de fournir une vraie énergie verte, nous achetons également la production des 180 premiers MW de C-Power. C’est pourquoi nous prévoyons que d’ici 2015, 100% de l’électricité que nous fournissons en Belgique sera verte.“ Les clients choisissent donc Eneco pour sa stratégie de durabilité. Mais le prix joue également un rôle important, car l’accès direct du groupe aux gisements de gaz naturel néerlandais lui permet de proposer un tarif 25% moins cher que celui des autres fournisseurs. Et étant donné qu’une grande partie de l’électricité est produite dans le pays où elle est distribuée, le même principe s’applique à cette forme d’énergie. Actuellement, Eneco se concentre principalement sur les marchés d’exportation néerlandais et belge. Mais en tant que producteur, le groupe est également présent au Royaume-Uni (énergie éolienne), en France (énergies solaire et hydraulique) et en Allemagne (énergie solaire).


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