Trois questions a Christophe Madam, Directeur Technique de Fedesco
Par Jean-François Marchand | Energymag | 13.07.09 | Publié dans Energymag N° 13 |
Pouvez-vous nous expliquer le système de tiers investisseur qui est à la base de votre action?
Tout part de l'idée du gouvernement précédent d'avoir un instrument efficace pour réaliser des économies d'énergie dans les bâtiments occupés par les services fédéraux, mais avec la particularité de travailler de manière autonome sur le plan budgétaire et donc sans impact sur le budget de l'état. De là est venue l'idée de créer une société anonyme de droit public qui adopterait le modèle de tiers financement: à savoir qu'elle finance les investissements en économies d'énergie pour le compte des services fédéraux en se remboursant sur les flux financiers provenant de la réduction de la facture énergétique. C'est le propre du tiers financement: pour le client, en l'occurence l'état fédéral, la consommation d'énergie et les émissions de CO2 diminuent immédiatement, tandis que ses dépenses en consommation énergétique restent constantes (abstraction faite de l'éventuelle hausse des prix). Une fois les investissements remboursés, il y a également un gain financier net. Fedesco agit donc comme tiers investisseur pour le compte de l'état fédéral. Le client qui rembourse est l'état belge dont les dépenses annuelles en énergie dans les bâtiments sont de l'ordre de 150 millions €. Aujourd'hui, les clients internes sont en réalité les administrations (services publics fédéraux ou SPF) ainsi que d'autres occupants dépendant de l'état fédéral qui paient les factures énergétiques des bâtiments qu'ils occupent et disposent donc de la capacité de remboursement à Fedesco. Il s'agit de dizaine d'entités publiques dont certaines très grandes qui occupent des centaines de bâtiments comme le SPF Justice, le SPF FInances ou la Police Fédérale. Au total, le parc est composé de 1.800 immeubles assez hétéroclites, dont les deux tiers sont propriété de l'état, le solde étant loué. Il s'agit de beaucoup de bâtiments administratifs mais aussi de prisons, de palais de justice, de casernes de police, dépôts de la sécurité civile, des musées nationaux et même les palais du Roi.
L'état fédéral a approuvé l'an dernier votre plan d'investissement visant à réduire de 22% les émissions de CO2 dans les bâtiments fédéraux. Pouvez-vous nous le détailler?
Fedesco s'est donné comme objectif de réaliser un plan d'investissement pluriannuel de services énergétiques et de travaux de rénovation énergétique de 152 millions €. Pour cela, Fedesco dispose d'une capacité d'endettement de 100 millions € couverte par une garantie d'état. Les 152 millions € seront investit en 5 ans avec une période de remboursement maximale de 10 ans. L'investissement sera graduel. En 2008, nous avons signé avec nos clients internes pour 8 millions € de contrats de travaux que nous sommes en train de réaliser en 2009. Pour cette année, nous avons comme objectif de signer 9 millions € de contrats. Nous prévoyons ensuite l'engagement de 25 millions € en 2010, 40 millions € en 2011 et 80 millions € en 2012. Le remboursement des investissements majoré des intérêts et des frais de fonctionnement de Fedesco s'élève à 210 millions €. Le remboursement de ce montant s'opérera les cinq premières années sur 100% des économies réellement obtenues, ensuite, le remboursement diminuera graduellement afin de générer des flux de trésorerie positif pour l'état. Au final, le plan vise à réduire les émissions de CO2 dans le parc de bâtiments fédéraux de 22% à l'horizon 2014, avec une période de remboursement courant jusqu'en 2020.
Comment avez-vous fixé vos objectifs et vos moyens d'engagement?
Nous sommes partis de statistiques de pays qui ont de l'expérience en termes de projets à grande échelle d'investissement en économie d'énergie dans les bâtiments. En particulier la Berliner Agentur en Allemagne qui a été parmi les premiers acteurs européens à réaliser cela pour ses bâtiments municipaux. Nous profitons de son expérience et notamment des indicateurs qu'ils maîtrisent pour arriver à un résultat de 25% d'économies d'énergie. Il ressort que pour atteindre cet objectif, il faut investir au moins une fois la consommation énergétique annuelle d'un bâtiment. Cela se vérifie par ailleurs sur le plan statistique. Le plan a été élaboré sur cette base. Ceci étant, la facture énergétique globale des bâtiments a été estimée à 150 millions € car aujourd'hui, nous ne disposons pas de toutes les données centralisées sur la consommation réelle. Le travail est en cours et en fonction de cela, notre plan d'investissement pourra être revu et amendé si nécessaire. L'expérience de la Berliner Agentur montre cependant que les investissements visant une réduction de 25% présentent un temps de retour moyen de 7 ans, ce qui nous laisse une marge de manoeuvre étant donné notre horizon de remboursement de 10 ans.


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