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L’Europe se fourvoierait-elle dans le bois-énergie?

A l'instar de ce qui s'est passé voici deux ans avec les biocarburants - pénurie de matières premières agricoles, envolée des prix des denrées alimentaires, émeutes -, la pression que fait peser la filière énergie sur les marchés du bois semble intenable. Et pose question quant au réalisme des objectifs bois-énergie pour 2020.

C'est à peine croyable dans un pays qui a l'une des forêts les plus vastes d'Europe, mais notre voisin français manque de bois pour ses industries! Cela pourrait prêter à sourire si la situation n'était pas pire en Belgique. Les fabricants de panneaux à base de fibres et de particules de bois, mais aussi les fabricants d'emballage en bois, voire les charpentiers ont de plus en plus de difficultés à s'approvisionner. En cause: le développement de la filière "bois-énergie". C'est que sa croissance est fulgurante. Selon l'étude Forest Products Annual Market Review 2009-2010, le marché global du bois en Europe s'est élevé à 446 millions de m³ en 2009, dont 346 millions de m³ pour des utilisations industrielles et déjà 100 millions de m³ pour l'énergie. Dans le même temps, l'augmentation de l'utilisation de la biomasse et du bois-énergie atteint + 20 % par an. Voyant le conflit d'usages s'aggraver, et les prix augmenter, de 30 % rien que depuis le printemps dernier, les industriels du bois tirent la sonnette d'alarme. Partout en Europe, ils ont multipliés des actions symboliques sous forme de journées de grève "volontaire". Avec un message limpide: "Mieux vaut deux jours de grève aujourd'hui, que des entreprises qui ferment leurs portes dans cinq ans".

Les ressources bois surestimées?

Et ces industriels font les comptes. Selon les plans d'actions nationaux en matière d'énergie renouvelable soumis à l'UE, la filière bois-énergie devrait "mobiliser" au minimum 421 millions de tonnes de bois sec pour atteindre les objectifs 2020. Ce bois n'est tout simplement pas disponible, affirment-ils! A raison semble-t-il. Différentes études ont ainsi pointé les écarts entre le volume de bois disponible pour la biomasse en Europe et la quantité qui est nécessaire pour remplir les objectifs d'énergie renouvelable: 230 millions de m³ (McKinsey 2007) à 400 millions de m³ de bois (FAO) devraient manquer en Europe à l'horizon 2020! Une question à laquelle la commission ne semble pas apporter de réponse pour le moment. Paradoxalement, le salut viendra peut-être des industriels du bois eux-mêmes. Ainsi, s'ils suggèrent de stopper les subventions aux grands projets de bois-énergie, et d'orienter les fonds vers la collecte du bois difficile d'accès, ou vers le recyclage du bois en fin de vie, ils invitent également les gouvernements à privilégier le bois comme matériaux durable, en particulier dans la construction. Et d'instaurer une sorte de cercle vertueux de l'utilisation du bois: plus de constructions en bois créent de l'emploi au profit des industries du bois, de la matière première pour l'industrie de la transformation, des produits connexes de scierie valorisables économiquement et en fin de chaîne, du bois de recyclage à valoriser efficacement dans l'énergie: quand il a déjà stocké son quota de carbone sous forme de charpente! Une piste qui mérite réflexion quand on sait que la production de ciment génère à elle seule 5% des émissions mondiales de CO2. Les industriels du bois font ainsi valoir qu'une augmentation de 4% de la consommation durable de bois en Europe permettrait ainsi de séquestrer 150 millions de tonnes de CO2 supplémentaire par an, tout en solutionnant pour partie l'approvisionnement en bois-énergie. Dans l'immédiat, en Flandre, la Ministre de l'énergie Freya Van Den Bossche a tranché: il n'y aura pas de soutien public pour la combustion de bois qui peut être utilisé à d'autres usages!

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