L’energy management en tête des priorités chez Alpro
Par Els Jonckheere | Energymag | 05.10.11 | Publié dans Energymag n° 18 |
Gratifié voici quatre ans d’une maturité énergétique de deux étoiles sur une échelle de cinq selon la méthode One2Five (voir energymag N°5), Alpro a depuis fait du chemin. Ces trois dernières années, le producteur alimentaire à base de soja a réduit sa consommation d’énergie de 27%! Un résultat à mettre sur le compte d’un management énergétique intégré à tous les échelons de l’entreprise, à la tête duquel Dominique Hamerlinck officie depuis 2008.
Et ce n’est qu’une première étape pour la PME flamande qui s’est fixée l’objectif de 40% de réduction d’ici 2015 et la neutralité carbone en 2020. Un objectif ambitieux, même s’il n’est en soi pas inaccessible, puisqu’en principe, il peut être atteint en achetant exclusivement de l’énergie verte et des certificats verts (CER). Une facilité qu’Alpro n’entend pourtant exploiter qu’en dernier recours. “En première instance, nous entendons économiser le plus d’énergie possible en optimisant les processus et les installations utilitaires. Ensuite, l’objectif est de travailler sur notre intégration énergétique. La troisième étape consiste à mettre en œuvre des systèmes nous permettant de produire nous-mêmes de l’énergie renouvelable. Ce n’est enfin qu’en dernier ressort que vient la compensation, via l’achat d’énergie verte et de droits d’émission verts”, explique Dominique Hamerlinck, ingénieur et Energy manager chez Alpro.
Un rendement amélioré de 70% sur les installations frigorifiques
Pour ce qui a trait aux processus et aux installations utilitaires, l’optimisation de l’installation à eau glacée de Wevelgem a été l’un des premiers projets concrétisés par l’Energy manager d’Alpro (en collaboration avec l’intégrateur Actemium). “Nos analyses avaient révélé que la charge des compresseurs n’était pas optimale et qu’il était possible d’améliorer à la fois le débit mais aussi les chutes de pression dans nos installations. En fin de compte, nous avons décidé de démanteler l’un des deux systèmes de réfrigération et de mettre en place un réseau centralisé unique fonctionnant sur la base d’un débit variable. En installant une cuve intermédiaire, nous avons pu compenser les pics d’utilisation importants sans devoir recourir à un stockage de glace. L’ensemble du projet a permis de réduire la consommation d’électricité de 14% pour la totalité du site, soit environ 250.000 € d’économies annuelles. Désormais, nous fonctionnons avec des chutes de pression de moins grande amplitude sur le réseau ainsi qu’avec un débit variable intégral sur le circuit secondaire comme sur le circuit primaire. Finalement, toutes ces interventions ont permis une amélioration de 70% du système de réfrigération de l’eau du site de Wevelgem.“ Parallèlement à l’eau glacée, l’eau des tours de refroidissement a également fait l’objet d’une restructuration préconisant le passage à un seul circuit à débit variable (transitant également par les tours de refroidissement) en lieu et place d’une configuration classique basée sur un circuit primaire et un circuit secondaire. Il a ainsi été possible de ramener la consommation énergétique à un septième seulement de la valeur d’origine. Les deux projets ont été réalisés grâce aux concepts de régulation imaginés par Alpro et automatisés par Actemium.
Une attention de tous les instants
Mais en parallèle, Alpro a également veillé à toute une série d’autres ‘optimisations’. Quand un nouvel appareillage est nécessaire, ses besoins énergétiques sont identifiés avec précision. De même, on vérifie toujours si le rendement énergétique d’une solution plus onéreuse (par exemple la configuration sur mesure d’une installation) suffit à justifier le surcoût qu’elle implique. Par ailleurs, Dominique Hamerlinck a dressé un ‘Master Plan Utilities’ qui recense les caractéristiques techniques de chaque dispositif utilitaire et vérifie comment il est possible de l’améliorer au niveau énergétique. L’Energy manager d’Alpro planche également sur les manuels afin d’utiliser correctement les nouveaux systèmes et installations. Plusieurs scénarios d’extension ont également été élaborés, de sorte qu’Alpro est prête à adapter rapidement et efficacement ses installations si cela devait s’imposer à l’avenir. En parallèle, les ‘meilleures pratiques énergétiques’ ont été identifiées: elles sont recensées dans des listes de contrôle qui peuvent être utilisées lors de projets afin de s’assurer que l’on a bien tenu compte de tous les éléments dignes d’intérêt au plan énergétique. Par ailleurs, Alpro a également uni ses efforts à ceux d’Actemium pour modifier son système de gestion énergétique de telle sorte que les consommations des différents flux d’énergie (électricité, eau, vapeur, air comprimé, etc.) sont désormais liés aux volumes et aux unités de production. En procédant de la sorte, il est possible d’établir un modèle de référence auquel comparer les différents sites en toute transparence. Enfin, des tests de simulation ont été réalisés sur les nouveaux systèmes majeurs afin de vérifier si le fournisseur a bien respecté ses promesses en matière de rendement énergétique.
Récupérer autant que possible
Au stade de ‘l’intégration énergétique’, ces diverses solutions ont toutes été imaginées pour optimiser au maximum la récupération d’énergie. C’est ainsi que les bureaux de Wevelgem sont intégralement chauffés par un système de récupération de chaleur. “En pratique, il s’agit de la chaleur des stérilisateurs qui porte l’eau d’une cuve à 82°C via un échangeur thermique, après quoi le fluide est injecté dans le circuit des radiateurs qui chauffent les bureaux. Par ailleurs, les déperditions de chaleur sont également utilisées pour commander d’autres applications, par exemple la PIC, le nettoyage, l’eau de traitement,… La chaleur de condensation des gaz de fumée est elle aussi réutilisée au maximum pour la production. Nous songeons également à optimiser, voire à étendre notre installation de biogaz qui équipe le système d’épuration des eaux. Car en agissant de la sorte, nous ne produirions pas seulement davantage d’électricité verte, nous pourrions aussi faire usage de la chaleur qui s’en dégage au bénéfice de nos processus thermiques. Enfin, nous sommes en train d’étudier les possibilités du refroidissement par absorption c’est-à-dire de refroidir par l’application de chaleur. “
L’énergie renouvelable sous la loupe
Dominique Hamerlinck est également en pleine analyse des possibilités existantes en matière d’énergie renouvelable. Dans ce cadre, on a vérifié s’il était possible d’installer une éolienne sur le site de Wevelgem. Mais en raison de la présence toute proche d’un aérodrome, Alpro n’a provisoirement pas reçu l’autorisation nécessaire. C’est pourquoi l’entreprise étudie si la cogénération ne pourrait pas être une alternative intéressante. Des analyses du même type sont également en cours pour les autres sites.
La stratégie d’une politique énergétique globale
L’Energy manager d’Alpro, Dominique Hamerlinck, n’est pas seulement homme à auditer, à analyser puis à mettre en œuvre des projets. En concertation avec la direction de la production, il a défini une ‘politique énergétique’ globale. “De fait, cela n’a aucun sens de se contenter de consentir des investissements“, indique-t-il. “Pour parvenir à une politique énergétique vraiment rationnelle, il est nécessaire que les travailleurs soient sensibilisés à l’utilisation parcimonieuse de l’énergie. C’est pourquoi une campagne a été lancée, à partir d’affiches et d’informations diffusées sur l’intranet. Par ailleurs, un comité de gestion sur le CO2 a été constitué et regroupe un certain nombre de responsables appelés à se réunir régulièrement pour se concerter sur divers thèmes liés à l’énergie. Personnellement, j’organise toutes les deux semaines, avec les responsables de production et d’entretien, une réunion placée sous le signe de l’énergie, durant laquelle nous analysons les données de mesure. Nous vérifions également si les investissements énergétiques donnent les résultats escomptés, nous recherchons les créneaux où il serait possible de faire mieux au plan énergétique, nous procédons à une évaluation comparative entre les différents sites, etc. Enfin, nous analysons chaque mois la consommation par volume produit. Les résultats de ces analyses sont notamment exprimés sous la formes d’éco-indicateurs qui sont systématiquement communiqués à la direction.“
La gestion énergétique s’avère rentable
L’objectif d’Alpro est d’économiser quelque 30% d’énergie pour 2020, en optimisant ses processus et ses installations utilitaires. En optant pour ‘l’intégration énergétique’, la firme vise une diminution de 10% et elle entend encore gagner 30% environ en recourant à des sources d’énergie renouvelable. Alpro envisage donc une réduction de 40% pour 2015 et l’objectif à l’horizon 2020 est de fonctionner de manière totalement neutre au niveau des rejets de CO2. Depuis 2008, l’entreprise a déjà réussi à comprimer sa consommation d’énergie de 27% (en moyenne pour ses quatre sites). Il semble donc bien que la gestion énergétique s’avère rentable. “Je conseillerais même à des entreprises de plus petite taille de créer ce genre de fonction“, précise l’ingénieur Dominique Hamerlinck. “Le calcul est vite fait. Vous pouvez considérer qu’un Energy manager interne permet une réduction de la consommation énergétique de l’ordre de 2%, tout au moins s’il bénéficie du soutien inconditionnel de la direction. Si cette économie permet de financer l’engagement d’un tel collaborateur, vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas créer cette fonction. Car non seulement les prix de l’énergie peuvent encore augmenter, mais en outre, c’est aujourd’hui devenu un impératif sociétal que d’exiger de vous que vous apportiez votre contribution énergétique à la préservation de l’environnement!“


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