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Commissionnement du bâtiment: -72% en gaz chez Alctel Lucent!

On part généralement du principe que les mesures d'économie d'énergie ne peuvent être pleinement rentables que dans les bâtiments anciens. Rien n'est moins vrai : elles s'avèrent tout aussi utiles dans les immeubles relativement neufs. C'est du moins ce que prouve Alcatel-Lucent à Anvers. La firme a ainsi pu réduire sa consommation de gaz de 72 % grâce au commissionnement du bâtiment! Et la consommation électrique a également fait l'objet de mesures en intervenant sur la climatisation et en recourant à des techniques de gestion modernes pour le parc de serveurs.

mag_Nov_Alctatel_Graph_1_smallEn 2006, le siège central d'Alcatel-Lucent a déménagé dans un complexe immobilier flambant neuf d'Anvers : le Kievit Building. Depuis lors, la société loue un peu moins de 40 000 m² de surfaces de bureaux, réparties entre quatre bâtiments. L'endroit est le cœur de l'entreprise car c'est sur ce site que se déroulent toutes les activités de recherche et développement belges pour les applications télécoms. Mieux même : les serveurs qui occupent le vaste laboratoire de 4 000 m² desservent également les départements R&D de bon nombre d'autres établissements. Il est dès lors évident que la consommation énergétique de ce site Alcatel est très élevée. Kris Van Doren, Sustainability Manager EMEA d'Alcatel-Lucent : « Bien que les bâtiments répondent à la norme PEB, j'ai estimé qu'il valait la peine de vérifier s'il n'était pas possible de réduire davantage la consommation d'énergie en pratiquant des interventions structurelles. Pour ce faire, nous avons fait appel aux services du bureau d'études énergétiques Esset. Parallèlement, nous avons mis en place un monitoring visant à calculer la consommation réelle de chaque grande application utilisatrice. En fin de compte, il est apparu que moyennant quelques modestes interventions, nous pourrions réduire significativement la consommation énergétique de nos systèmes de climatisation. » Gert Hendrickx, Conseiller en énergie chez Esset : « Concrètement, nous avons d'abord agi au niveau du paramétrage de la climatisation. En effet, les bâtiments sont tous équipés d'un système de gestion régulant le chauffage, la ventilation et la climatisation. Mais cette solution prend en charge la gestion de la valeur de réglage, pas la gestion énergétique ! Suite à différentes adaptations successives apportées précédemment à ces valeurs de réglage, la régulation d'ensemble avait perdu son caractère optimal. Les grands plateaux, par exemple, étaient parfois rafraîchis d'un côté tout en étant chauffés ailleurs, la climatisation était toujours activée du côté de la façade nord, la température du circuit de retour était trop élevée pour la condensation des gaz de fumées et il est également apparu qu'il était possible de mieux faire au niveau des températures, du taux d'hygrométrie et de la régulation horaire. Finalement, nous avons analysé en détail et optimisé tous les réglages possibles, ce qui a permis à Alcatel-Lucent de réduire sa consommation de gaz de 55 % entre 2007 et 2009 ! Ceci transparaît clairement dans l'amélioration de la signature énergétique du bâtiment, illustrée sur le graphique 1. Au cours de cette campagne, la collaboration avec la firme d'entretien locale s'est avérée cruciale. Il est en effet essentiel que celle-ci passe d'un statut de société de maintenance pure à celui de partenaire énergétique adoptant une approche axée sur le client. »

Économiser également sur l'électricité

Ensuite, une analyse détaillée a été menée sur le rendement de la climatisation. Il en est également ressorti que le principe de stocker de la glace pendant la nuit n'était pas rentable. Ce stockage exerçait lui aussi une incidence majeure sur la consommation électrique. Kris Van Doren : « Auparavant, nous confectionnions de la glace la nuit pour la faire fondre pendant la journée. Cette solution étant intéressante tant qu'il existait un écart important entre les tarifs diurne et nocturne de l'électricité. Mais à présent que ce n'est plus le cas, il s'avère même plus rentable de laisser tourner les refroidisseurs en permanence. Bien sûr, nous continuons à produire des bacs à glace qui doivent servir de solution-tampon pour assurer le refroidissement des laboratoires en cas de catastrophe. » Par ailleurs, Alcatel-Lucent a décidé de ne plus maintenir une température aussi basse dans ses laboratoires : 23 à 26°C au lieu de 18 à 19°C. Cette mesure a été rendue possible parce qu'il ne s'y déroule plus aucune activité humaine. En fait, toutes les machines sont désormais installées dans un local isolé et le sont de manière à permettre une distribution optimale des « hotspots ». Tous les appareils des laboratoires se sont également vu attribuer une classification : « activé en permanence », « à déconnecter durant le week-end », « à déconnecter en dehors des heures ouvrables »... En incitant le personnel à éteindre et à allumer les appareils en fonction de ces dispositions spécifiques, il a été possible de réaliser des économies d'énergie substantielles. De même, l'éclairage a été automatisé en différents endroits grâce à l'installation de détecteurs de mouvement et de temporisateurs. Kris Van Doren : « Grâce à toutes ces interventions, nous avons pu réduire notre consommation électrique de 20 % en deux ans selon un scénario de maintien du statu quo. À présent, l'objectif consiste à automatiser l'allumage et l'extinction des appareils, ce qui, selon nos calculs, devrait déboucher sur une réduction supplémentaire de 10 % de notre consommation d'énergie. Mais je dois reconnaître qu'en raison de nos investissements permanents dans de nouvelles infrastructures IT puissantes, faire baisser la consommation électrique en termes absolus est un véritable défi. »

Un pas de plus

mag_Nov_Alctatel_Graph_3_SmallGert Hendrickx et Kris Van Doren estimaient qu'il existait encore un potentiel d'économie et ont donc décidé d'examiner à la loupe l'énergie utilisée pour l'eau de refroidissement. Les immeubles de bureaux sont climatisés à l'aide de quatre refroidisseurs classiques qui fonctionnent avec un circuit d'eau glacée et un refroidissement par évaporation recourant à des tours de refroidissement. « Les systèmes de refroidissement génèrent une source de chaleur continue de 23 et 27°C rejetée dans l'atmosphère via ces tours », explique Gert Hendrickx. « L'évidence nous a sauté aux yeux : il suffisait de récupérer cette chaleur et de la valoriser pour le chauffage des bâtiments car le refroidissement des serveurs est également effectif durant les mois d'hiver. C'est pourquoi nous avons analysé la faisabilité d'une pompe à chaleur. Cette dernière doit porter la température à 40-50°C avant de l'injecter dans le circuit de chauffage qui alimente les bureaux. Dans un premier temps, le choix s'est porté sur une pompe à chaleur d'une puissance thermique de 200 kW. Nous avons estimé à deux ans et demi le délai de retour sur investissement de ce projet. Et selon les données du monitoring que nous avons mis en place, il apparaît que ce calcul était correct. »

mag_Nov_Alctatel_Graph_2_SmallKris Van Doren : « Grâce à cette solution, notre consommation de gaz est à présent réduite de 72 %. En effet, ce combustible n'est pratiquement plus utilisé que pour humidifier l'air des laboratoires. Bien sûr, il ne s'agit pas d'un gain net car la pompe à chaleur consomme de l'électricité supplémentaire. Pour l'instant, seuls deux des quatre immeubles de bureaux sont chauffés au moyen de la pompe à chaleur. Mais comme le circuit d'eau de refroidissement est doté d'une capacité 4 à 5 fois supérieure, Alcatel-Lucent envisage également de chauffer les deux autres édifices de la même manière. Il est cependant essentiel que le dimensionnement soit optimal et qu'il soit procédé à une analyse performante du profil thermique du bâtiment (voir les graphiques 2 et 3). Installer une pompe à chaleur sur un circuit de refroidissement ne se limite donc pas à la comparaison de l'offre de trois installateurs... »

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