En route vers des systèmes “ouverts”
Par Els Jonckheere | Energymag | 04.10.11 | Publié dans Energymag n° 18 |
Les concepteurs de systèmes intelligents de gestion des bâtiments sont actuellement confrontés à un problème majeur: les systèmes sont souvent propriétaires et ne peuvent pratiquement jamais être couplés à d’autres solutions. La question est donc de savoir dans quelle direction il convient de mettre le cap. Les fournisseurs vont-ils assurer “l’ouverture” de leurs systèmes ? Ou va-t-on voir apparaître sur le marché d’autres applications réellement “ouvertes”? Selon Fabricom, la vérité est à rechercher entre ces deux extrêmes. Mais il est très clair qu’il y a du changement dans l’air…
Quiconque a déjà investi dans un système de gestion technique de ses bâtiments (GTB) connaît indubitablement la problématique. En elle-même, une GTB est performante, efficace et intéressante. Mais elle présente également des limites qui non seulement sont gênantes mais coûtent aussi leur pesant d’euros… “La concurrence étant relativement féroce sur le marché, ces applications sont proposées pour une bouchée de pain. Les propriétaires de bâtiments, les facility managers… se laissent d’autant plus vite tenter par l’investissement. A ceci près, cependant, qu’ils ne s’embarrassent pas de savoir comment leurs fournisseurs vont assurer leur rentabilité. Et pour ce faire, ces derniers appliquent des tarifs prohibitifs pour l’entretien et l’adaptation des systèmes. Un de nos principaux clients – une institution financière – m’a rapporté que le fournisseur de son système de gestion facilitaire avait détaché un collaborateur à temps plein auprès de son organisme pour maintenir la solution en état de marche… Les situations de ce genre sont d’ailleurs la règle plutôt que l’exception. Car le problème de ces solutions résulte du fait qu’elles sont extrêmement cloisonnées, contrairement aux applications industrielles fonctionnant sur la base de PLC programmables par n’importe qui. Les fournisseurs de GTB gardent jalousement le secret du mode de fonctionnement de leur application. Rien de plus logique, du reste, vu que leur modèle de rentabilité est basé sur les recettes générées par l’entretien et les mises à jour. Mais le résultat est que les clients sont prisonniers de leurs choix, avec tout ce que cela implique comme conséquences…”, explique Thierry Monsieur, Section Manager chez Fabricom
L’ouverture: une nécessité
La plupart des utilisateurs se résignent et paient la note qu’on leur présente mais ne se posent pas d’autres questions et/ou n’envisagent pas de plans d’extension (entendez: assurer l’interopérabilité et la communication avec d’autres systèmes) pour des raisons budgétaires. Mais quelques francs-tireurs cherchent comment aborder la question sous un autre angle. Et selon Thierry Monsieur, leurs rangs ne cessent de s’étoffer. “A notre époque, l’efficience en termes de coûts est une nécessité absolue: les entreprises doivent tirer un maximum de leurs solutions. Je ne parle pas ici uniquement de fonctionnalités, mais aussi d’économies grâce à l’intégration. Dans les grands immeubles ou les entreprises multisites, il n’est pas rare de rencontrer différents systèmes de gestion intelligents. C’était également le cas au sein de l’institution financière que j’ai déjà évoquée. Là, il était question de quatre solutions, soit quatre cycles d’entretien, quatre programmations… Il va de soi qu’un système unique est nettement plus efficace en termes de rentabilité financière ! De plus, la technologie évolue extrêmement vite: on voit apparaître de nouvelles applications qui offrent en réalité un meilleur rendement lorsqu’elles sont intégrées dans un BMS. Autrement dit, la nécessité de disposer de systèmes ouverts ne cesse de grandir. Les situations dans lesquelles chaque système de gestion intelligent des bâtiments fonctionne en toute autonomie, isolé sur son îlot, n’est plus tenable. Les fournisseurs commencent d’ailleurs à en prendre conscience car ils entrebâillent petit à petit la porte de l’ouverture. Je pense par exemple à BACnet et OPC. Pourtant, c’est encore insuffisant pour bon nombre d’utilisateurs. Ainsi, notre client avait besoin d’une intégration poussée avec d’autres applications. Prenons le calendrier, par exemple, qui devait être réencodé chaque année dans chaque BMS. Ce client a dès lors choisi de faire appel à nos services en tant “qu’intégrateur”. L’objectif n’était pas tant de procéder à l’intégration réciproque des systèmes existants car la mission se serait avérée impossible vu le cloisonnement de chaque BMS. Ce que nous avons fait, en revanche, c’est élaborer un système totalement neuf – et ouvert – au départ des composants existants, un système parfaitement capable de communiquer avec les autres solutions, facile à compléter et pouvant être entretenu par le client lui-même. Et nous sommes convaincus que dans un proche avenir, un nombre toujours plus élevé de propriétaires de bâtiments et de facility managers suivront cet exemple. Nous pouvons donc affirmer que le marché des BMS évoluera de deux manières vers davantage d’ouverture: un plus grand nombre d’applications standards ouvertes, mais aussi une multiplication de nouveaux systèmes ouverts développés sur mesure. Peut-être ces deux courants finiront-ils par se croiser quelque part. Quant à savoir quel en sera le résultat, la question reste posée…”
Un exemple de système “ouvert”
Concrètement, l’ancienne commande du BMS de l’institution financière (qui activait quelque quatre-vingts groupes aérothermes) a été remplacée par une solution automatique basée sur des PLC industriels et un BMS dont l’acquisition a été faite. Cette commande a été intégrée à un réseau ouvert et communique avec les autres applications via Ethernet: la demande d’éclairage par téléphone (pour les travailleurs qui font des heures supplémentaires), la centrale d’alarme (le facility manager est averti lorsqu’un problème se pose au niveau HVAC), l’application centrale pour la gestion du calendrier, la commande de l’éclairage… “Nous avons également intégré un certain nombre de fonctionnalités comme le free cooling, le chauffage intelligent qui tient notamment compte du taux d’occupation et de l’incidence de la lumière solaire, mais aussi un système de back-up qui veille à ce qu’il y ait toujours de l’éclairage et de la climatisation même lorsqu’un système est défaillant pour l’une ou l’autre raison. Nous avons également prévu un module d’enregistrement qui permet au facility manager de vérifier ce qui n’a pas fonctionné à un moment déterminé. Ce dispositif est surtout intéressant pour traiter les réclamations du personnel pour ce qui a trait à la ventilation ou au chauffage. Grâce à cette fonctionnalité, il est possible de contrôler si quelque chose a effectivement posé problème… Cette solution présente le grand avantage de permettre les extensions. Dans ce cas spécifique, l’application peut dès lors être étendue à d’autres bâtiments, ce qui sera sans aucun doute une réalité à l’avenir car l’institution financière souhaite à terme ne plus disposer que d’un seul BMS centralisé pour l’ensemble de ses bâtiments. Avec notre système, c’est une chose qui peut être mise en place de manière simple et rentable. Notre solution présente un tel degré d’ouverture qu’en principe, le client peut même faire appel à un autre intégrateur …”, conclut Thierry Monsieur.


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