Cas d’étude: quand la Tour du Midi se met au régime
Par Jean-François Marchand | Energymag | 27.05.11 | Publié dans Energymag n° 17 |
Du haut de ses 150 mètres de hauteur, avec ses ascenseurs, ses 1.800 collaborateurs, les 2.200 postes informatiques et sa naissance qui remonte à 1961, à une époque où l’énergie constituait le cadet des soucis dans la construction, la Tour des Pensions offre un beau cas de figure de ce qu’il est possible de réaliser en matière de contrat de performance énergétique. Entretien avec Marc Leunens, directeur technique à l’ONP, en compagnie de Benoît Englebert, operating manager chez Dalkia.
Les tours ont la réputation d’être de très gros consommateurs d’énergie. En moyenne leur consommation d’énergie primaire est supérieure à 500 kWh/m?/an, et cette consommation peut atteindre dans certains cas 1.000 kWh/m?/an. La tour Midi n’échappe pas à cette règle: en 2007, elle consommait plus de 32 millions de kWh d’énergie primaire, soit près de 500 kWhep/m2/an. Depuis, l’équipe de Marc Leunens s’est engagée dans une démarche d’efficacité énergétique en profondeur et en étroite collaboration avec Dalkia, l’exploitant technique du bâtiment La collaboration résulte aujourd’hui en un contrat de performance énergétique focalisant à la fois sur l’amélioration continue du pilotage du bâtiment et sur une série d’investissements dans des mesures d’amélioration énergétique. Les résultats engrangés sont à l’avenant.
De l’audit à la performance
“Un audit approfondi a été réalisé de 2007 à 2008 sous forme d’un energy team composé d’un responsable technique de l’ONP, d’un spécialiste en efficacité énergétique et de l’équipe en charge de l’exploitation technique du bâtiment (ndlr: Dalkia)”, explique Marc Leunens. Ce team s’est réuni pendant une année autour de toutes les thématiques liées à la consommation d’énergie: production, distribution de chaud et de froid, ventilation, enveloppe du bâtiment, équipements électriques, éclairage, consommation d’eau, comportement des utilisateurs, etc. “Ce travail collaboratif a abouti à l’élaboration conjointe d’une stratégie de diminution de la consommation d’énergie”, poursuit Benoit Englebert. Cette stratégie s’est construite sur trois niveaux: court, moyen et long terme. “A court terme, nous avons réalisé des quick-wins et d’autres améliorations de conduite des installations climatiques”. Ainsi, en 2008, malgré les conditions climatiques plus rigoureuses, la consommation de mazout a déjà diminué par rapport à 2007, grâce à l’application immédiate des mesures préconisées par l’audit énergétique, notamment en matière d’isolation thermique et de régulation des installations climatiques. En 2009, des actions complémentaires ont été réalisées, on peut citer l’introduction d’une courbe de chauffe pour la production de chaleur à destination des différents consommateurs du site. Mais aussi une meilleure régulation de l’installation climatique et la généralisation de l’extinction des ordinateurs en soirée. Ces actions ont déjà donné des résultats remarquables. Entre 2007 et 2009, la consommation d’électricité a baissé de 13%, tandis que la consommation de fuel a poursuivi sa courbe descendante: -8% rien qu’en 2009, avec une accentuation plus importante les trois derniers mois de l’année (19%), date à laquelle la comptabilité a été installée.
Comptabilité énergétique
Fin 2009, Dalkia a en effet procédé au déploiement d’un système de comptage énergétique intelligent. Quelques 70 compteurs ont été placés sur les circuits chaud et froid ainsi que sur les circuits électriques, un réseau bus permettant la récolte de leurs données et leur stockage sur un serveur. En marge des compteurs, une station météo a également été installée mesurant la température sèche, l’humidité relative, les précipitations et la vitesse du vent. “Ces éléments nous ont permis de définir une situation de référence et d’affiner notre maîtrise du comportement énergétique du bâtiment, en fonction de la rigueur climatique, de l’enthalpie, de l’ensoleillement et du vent. La comptabilité énergétique alimente également une banque de données qui s’enrichit chaque jour et nous permet de mettre en place un pilotage prévisionnel du bâtiment et ainsi anticiper la conduite du bâtiment en fonction des conditions météo”. Et les premiers résultats sont encourageants. “L’hiver 2009-2010 a ainsi vu la consommation de fuel baisser de 100.000 litres et a permis de diminuer la consommation électrique pour un équivalent de 500 tonnes de CO2”, précise Benoît Englebert.
Un contrat de performance
A l’occasion de la mise en œuvre de la comptabilité énergétique, l’ONP s’est également engagée dans un contrat de performance énergétique avec Dalkia. “Cette opération de mesure nous a amené à prendre 2009 comme année de référence. Sur base de cette année, nous avons prévu une zone neutre pour les consommations énergétiques de 3% à la hausse et de 3% à la baisse. Si nous faisons des économies par rapport à cette année de référence, les gains sont partagés 50-50 entre Dalkia et l’ONP. S’il s’avère que les mesures engagées par Dalkia ne permettent pas de respecter les objectifs fixés, Dalkia est pénalisé”. Le contrat vise à la fois la poursuite de l’amélioration du pilotage du bâtiment, mais aussi des investissements de modernisation des installations. Ainsi, sur base des données de la comptabilité énergétique, l’ONP et Dalkia ont conjointement opté pour l’installation d’une cogénération au gaz (200 kWé) et la modernisation de la production de froid (pompe à chaleur, free chilling). “La pompe à chaleur nous permet notamment de valoriser les calories produites par le centre de traitement informatique. Nous avons également travaillé sur la consommation d’eau en diminuant la déconcentration de l’eau des étangs et des tours”, explique Benoit Englebert. Et ces investissements sont très rentables: “Le guide dans les choix qui ont été faits a toujours été le retour sur investissement. La cogénération, par exemple, nous a séduits. Elle présentait un retour d’investissement de 4,1 années, à prix d’énergie constant. Les prix du fuel continuent à augmenter, ce qui devrait encore améliorer le temps de retour. D’autres investissements, comme les modifications permettant de faire du free chilling ont eux des temps de retour inférieurs à 1 an. Le traitement de l’eau a quant a lui généré un retour sur investissement de 2,5 années”, précise Marc Leunens.
Challenge en continu
Précisons que le contrat de performance prévoit la délégation de deux ingénieurs en charge des mesures d’amélioration qui viennent s’ajouter aux quinze techniciens Dalkia déjà en place et qui assurent la conduite et la maintenance du bâtiment dans le cadre au contrat de maintenance à garantie totale préexistant. L’autre particularité de ce nouveau contrat est que l’objectif de performance est chaque année plus contraignant: 2010 est comparée à 2009 et si 2010 est plus performante, 2011 sera comparée à cette nouvelle année de référence, et ainsi de suite. L’idée est de stimuler une diminution continue de la consommation de la tour du Midi. “L’exploitant d’un bâtiment a un rôle central à jouer dans la performance énergétique de celui-ci. Le challenger est doublement bénéfique: d’une part, il connaît mieux que quiconque le fonctionnement et le comportement du bâtiment, d’autre part étant en place, il est contraint de respecter les engagements de performance énergétique qu’il aura promis”, conclut Marc Leunens. “Dalkia pratique couramment différents types de contrats de performance énergétique en fonction du niveau sur lequel nous agissons sur la performance énergétique: achat des énergies primaires (gaz, fuel, électricité et eau), transformation en énergies secondaires (chaleur, froid, lumière et humidité), distribution et utilisation de ces énergies secondaires. Pour chacune de ces étapes Dalkia apporte une valeur ajoutée. Cette dynamique d’amélioration continue nous séduit dans le modèle contractuel avec l’ONP. Outre le contrat, ce qui est fondamental c’est d’avoir un partenaire motivé par le projet d’économies d’énergie. Depuis le début, l’ONP est moteur dans cette démarche et contribue à son succès”.
La Tour des pensions en chiffres
La Tour des pensions, c’est le gratte-ciel le imposant de Bruxelles avec 150 mètres de hauteur et ses 62.000 m2. Au total, 1.800 de 2.250 collaborateurs de l’ONP y travaillent. On y trouve aussi 2.700 postes informatiques.


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