Intéressé par un projet de contrat de performance énergétique ? Impliquez un “architecte”!
Par Els Jonckheere | Energymag | 27.05.11 | Publié dans Energymag n° 17 |
À première vue, un projet de contrat de performance énergétique – projet CPE – semble très avantageux. Vous bénéficiez d’une efficacité énergétique accrue tout en garantissant le remboursement de votre investissement. Mais qui vous certifie que votre société de services énergétiques (ESCO – Energy Service Company) obtient les meilleurs résultats possibles ? Ou qu’elle prend les mesures nécessaires dans le respect des règles de l’art ? Ou que ses calculs en matière d’économies concrètes sont exacts ? Seul un expert extérieur au projet peut répondre à ces questions…
Lancez-vous dans un projet avec une ESCO et celle-ci vous vantera d’excellents résultats, à savoir une économie d’énergie importante et le remboursement garanti de votre investissement. Néanmoins, ces deux changements mettent du temps à se produire concrètement. Selon Johan Coolen, Managing Partner de Factor 4, cette situation provient directement de la complexité quasiment inévitable des contrats: “Les grandes firmes internationales disposent peut-être de collaborateurs spécialisés dans le domaine de l’énergie qui connaissent à merveille la question des CPE. Cependant, les plus petites entreprises et les pouvoirs publics reçoivent un projet fini qu’ils comprennent à peine. Certains n’hésitent pas à signer un tel contrat, sans méfiance. Et dans de nombreux cas, ils auront raison de le faire. Mais il existe également des cas où l’on voit éclater de graves conflits entre l’ESCO et le client pendant la période contractuelle, longue de dix à quinze ans. Des conflits qui peuvent conduire au tribunal. Dans de telles situations, le client ressort immanquablement affaibli face à l’ESCO pour qui les projets de CPE sont l’activité principale. La plupart des clients potentiels mordent cependant à l’hameçon dès qu’ils apprennent que le projet de CPE présente certes une multitude d’avantages, mais qu’il s’accompagne d’un processus technique, organisationnel et administratif complexe.”
Une partie tierce est nécessaire
Les conséquences sont par conséquent notables: l’énergie est utilisée de manière dispendieuse en Europe, ce qui rend plus difficile l’obtention de la norme 20/20/20. Il est donc urgent de prendre des mesures afin d’appuyer les projets de CPE, qui restent un excellent moyen d’améliorer fortement les performances énergétiques des bâtiments et usines. Selon Johan Coolen, la majorité des experts européens en CPE s’accordent désormais à dire que ce type de projets manque d’une fonction clé, à savoir une partie tierce indépendante, aux connaissances techniques, qui assumerait le rôle d’un “architecte”. “Dans les faits, la logique reste identique”, déclare-t-il. “Quand on souhaite construire une maison ou un autre type de bâtiment, on fait appel à un architecte car le maître d’ouvrage ne dispose pas des connaissances requises pour la conception théorique du bâtiment, la sélection des techniques et matériaux à employer, la sélection des entrepreneurs adéquats et le contrôle de l’exécution des travaux. Un architecte n’est-il pas la personne incontournable pour résoudre de tels problèmes ? Il travaille dans l’intérêt de son client, mais ne tire aucun avantage à se mettre à dos les entrepreneurs du projet. À ce niveau, un projet de CPE n’est pas différent d’un projet de construction. Théoriquement, il peut se faire sans l’aide d’un architecte, mais le coût de la location de ses services sera largement inférieur à la plus-value qu’il apportera au projet.”
Une multitude d’avantages
Geert De Bruyn, Directeur de Production chez Cenergie, rejoint Johan Coolen sur ce point, même si la gestion de l’intégralité d’un projet clé sur porte par une ESCO – de la conception à la réalisation en passant par le financement – trouve également grâce à ses yeux. “Pour ce genre de projets, il convient naturellement de se lancer dans l’aventure avec une partie vraiment fiable” explique-t-il. “L’avantage étant que le client ne doit s’occuper de rien et peut continuer à se concentrer sur ses activités de base. Néanmoins, la médaille a son revers. Les ESCO de premier plan se consacrent essentiellement aux grands projets. Il existe donc un grand risque que votre bâtiment ou usine n’appartienne pas à leur groupe cible. De plus, nous constatons que ces entreprises se concentrent principalement sur un seul ou une poignée de besoins génériques (panneaux solaires, modification du système d’éclairage, PCCE, etc.), une démarche normale dans la mesure où leur modèle d’entreprise s’articule autour de ces besoins. Imaginons néanmoins que vous ayez d’autres besoins en tant que client (ex.: géothermie): ils ne seront pas repris dans la formule de base. Bien sûr, il se peut que l’ESCO n’éprouve aucun problème à répondre au besoin particulier. Encore faut-il qu’elle le propose. La boucle est bouclée: le plus souvent, le client ne sait pas exactement quel est le meilleur moyen de parvenir à une efficacité énergétique optimale !”. Johan Coolen: “Dans les projets clé sur porte, c’est également l’ESCO qui décide qui effectue quels travaux, quelles installations sont utilisées, etc. Mais cela ne signifie pas nécessairement que les solutions et entrepreneurs retenus offriront le meilleur rapport qualité-prix ou que toutes les mesures d’économie intéressantes seront prises. Un “architecte” peut demander plusieurs offres afin de sélectionner la meilleure solution.” Geert De Bruyn poursuit: “Selon moi, la partie tierce technique peut jouer un autre rôle crucial au niveau des mesures et des vérifications inhérentes au projet, car la question de la mesure des performances énergétiques, et surtout des économies d’énergie, n’est pas simple. Il faut en effet mesurer un élément qui a disparu. Il existe bien des méthodes standards comme l’International Performance Measurement and Verification Protocol, mais elles se révèlent tellement complexes que seules des experts peuvent les appliquer.” Johan Coolen: “En effet, le client doit de nouveau faire confiance à l’ESCO à ce niveau. Mais qui peut garantir que les chiffres avancés sont exacts ? Et il n’est pas uniquement question ici de l’objectif préétabli, qui sera peut-être systématiquement inférieur à ce celui qu’il est possible d’atteindre, étant donné que l’ESCO souhaitera limiter ses risques. En outre, le client peut penser que l’on a manipulé les résultats de mesure relatifs aux économies d’énergie réalisées, puisque qu’il s’agit de calculs et de mesures extrêmement complexes, comme l’indique Geert De Bruyn. Cependant, si la tâche de vérification et de mesure est effectuée par un “architecte”, ou que ce dernier en contrôle à tout le moins la bonne exécution, l’exactitude du processus est garantie puisqu’il est suivi par une partie indépendante.”
Existe-t-il de tels “architectes”?
Le message est clair: ne commencez pas un projet de CPE sans impliquer une partie technique indépendante. Mieux encore: la recherche d’un “architecte“ devrait être la première étape du projet. Reste une question: où trouver ce spécialiste ? Johan Coolen: “Le marché en compte déjà, mais je pense qu’il y en aura davantage bientôt, car la nécessité d’impliquer ce genre d’architectes est de plus en plus reconnue par tous les acteurs. Seulement voilà, le risque existe de voir également débarquer sur le marché des personnes cavalières, qui ne disposent pas de la formation technique adéquate ou qui peuvent même jouer le jeu des ESCO. C’est pourquoi les pouvoirs publics doivent réfléchir à un système de certification ou d’agréation. En effet, consacrer un budget à une partie tierce n’a pas de sens si les résultats obtenus grâce à celle-ci ne sont pas rentables ou si, pire encore, l’ESCO amoindrit les chances de réussite du projet de CPE. À ce sujet, j’aimerais d’ailleurs encore faire remarquer que les autorités fédérales belges jouent un rôle d’exemple au niveau des projets de CPE qu’ils mènent dans leurs bâtiments. Avec la création de Fedesco, elles ont permis la mise en place d’une partie indépendante dynamique qui veille à ce que l’on consacre une attention sérieuse aux performances énergétiques. Même si Fedesco n’a pas encore mis de projets CPE en adjudication, la plateforme a pris des mesures claires dans cette direction. Cette simple démarche a déjà permis au marché du CPE de se développer plus rapidement en Belgique que dans la majorité des autres pays européens ces dernières années. La présence d’une autorité indépendante qui lance à son tour des projets de CPE et qui stimule le marché de manière générale est cruciale. Les pouvoirs publics berlinois – qui ont soutenu activement au début des années des projets de CPE et la présence d’excellents “architectes” CPE dans la capitale – se trouvent actuellement à la base du marché actuel du CPE en plein essor à Berlin. Dans de nombreux pays européens, il reste néanmoins énormément de pain sur la planche: malgré l’intérêt porté à la thématique, les propositions de projet restent dans les tiroirs des décideurs. Tant que l’intérêt d’un “architecte” CPE n’est pas reconnu et que les pouvoirs publics ne soutiennent pas le marché, les propositions resteront lettre morte longtemps encore. Avec un gaspillage d’énergie qu’il serait possible d’éviter.”


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