Cogénération par biométhanisation. Etes-vous du bon côté de la frontière régionale?
Par Ismaël Daoud | Energymag | 06.11.09 | Publié dans Energymag N° 14 |
La biométhanisation permet de convertir des résidus organiques humides et/ou liquides en biogaz. Pas suffisamment "riche" que pour être injecté dans le réseau de gaz naturel, le biogaz sera plutôt valorisé dans des moteurs de cogénération, pour la production simultanée d'électricité et de chaleur. Ainsi, un combustible renouvelable et local est utilisé de la manière la plus efficace qui soit. Car la cogénération affiche fièrement un rendement global (électricité + chaleur) approchant les 90%. Les politiques l'ont bien compris. C'est pourquoi, dans chacune des trois Régions, elles ont mis en place un arsenal de soutiens pour cette filière si prometteuse qu'est la cogénération par biométhanisation.
Les soutiens sont financiers, tant à l'investissement qu'à l'exploitation, mais également décisionnels, comme des success stories, des séminaires d'informations, des brochures et cahiers des charges type... sans oublier le Facilitateur Cogénération et/ou Biométhanisation. En outre, les politiques ont essayé de lever les différentes barrières juridico-administratives qui entravaient le développement de cette filière d'avenir. Mais, comme la promotion des énergies renouvelables est une compétence régionale, chaque région a, bien entendu, développé un arsenal de soutiens différent des autres régions. Ce qui ne simplifie pas la décision.
Région wallonne: un gisement important encore inexploité
Les 10,6 MWé de cogénération par biométhanisation installés en Wallonie fin 2008 représentent une très faible partie du gisement possible. Jusqu'à présent, ce sont soit quelques éleveurs de bétails qui convertissent leurs effluents d'élevages en biogaz, soit certains industriels de l'agro-alimentaire. Plus récemment, l'entreprise l'Oréal à Libramont, plutôt en dehors du secteur "propice", s'est lancé dans un projet de biométhanisation de grande envergure (voir page suivante). Itradec à Havré est pionnière dans la biométhanisation des déchets ménagers mais son unité est pour l'instant à l'arrêt pour diverses raisons économiques et techniques. Alors qu'en Allemagne, les installations de digestion de la fraction organique des déchets ménagers fonctionnent fort bien. Il est vrai que chez notre voisin, les ménages font eux même le tri "organique" de leur poubelle, ce qui n'était pas le cas à Havré, rendant le processus plus délicat.
Les certificats verts font la différence
Les certificats verts octroyés sont indispensables à la rentabilité des projets de cogénération par biométhanisation. Le tableau comparatif montre que, sans certificats verts, le cash flow annuel est ... négatif! Les coûts d'exploitation sont bien souvent supérieurs au gain procuré par la vente de chaleur et la vente d'électricité. Du nombre de certificats verts octroyés dépend la rentabilité d'une cogénération par biométhanisation et, partant, son développement au sein d'une même région. C'est ainsi que la Flandre est top 1 pour la biométhanisation en Belgique: 89 MWé certifiés par la VREG en septembre 2009 contre 10,6 MWé fin 2008 en Région wallonne. En Région de Bruxelles-Capitale, malgré un soutien massif de certificats verts, on retient l'unique moteur de 1 MWé à Aquiris, la station de traitement des eaux usées située au Nord de Bruxelles. Le manque de terrain disponible pour implanter une unité de biométhanisation est un frein majeur. Bruxelles-Propreté envisage néanmoins de réaliser un projet de l'ordre de 1 MWé proche du centre de compostage à Forest.
Chaque région possède son propre système de certificats verts, qui se complète, uniquement en Flandre, d'un système de certificats de cogénération. Plus la quantité de chaleur valorisée est importante, plus le nombre de certificats verts et de cogénération octroyés sera élevé. Chaque région va donc définir la "chaleur utile" produite pour gérer le nombre de certificats verts à octroyer. La Région flamande est la plus large: tant la chaleur utilisée pour la production du biogaz (maintient des digesteurs à température) que celle pour le séchage éventuel du digestat sont considérées comme utiles, contrairement à la Région de Bruxelles-Capitale. Depuis un peu plus d'un an, la Région wallonne a adopté une situation intermédiaire: le séchage du digestat peut être utile, mais chauffer les digesteurs ne l'est pas. Cela explique pourquoi un même projet recevra davantage de certificats verts en Flandre (env. + 15%) qu'en Région wallonne. La Région de Bruxelles-Capitale reste la plus généreuse, car un facteur multiplicateur de 5 existe depuis septembre 2007, à condition que les résidus organiques soient récoltés dans un rayon de 30 km autour de l'unité de biométhanisation.
Les subsides à l'investissement également
Depuis l'arrêté du 2 avril 2009, la Région de Bruxelles-Capitale a perdu son statut de "plus généreuse" au niveau de l'aide à l'investissement. Auparavant, un projet de cogénération par biométhanisation situé en zone de développement pouvait prétendre à 25% de subsides dans le cadre des lois d'expansion économique. Dorénavant, un tel projet s'inscrit dans l'aide spécifique à la production d'énergie à partir de sources renouvelables, plafonnée à 80.000 € par entreprise et par année civile. A l'inverse, l'arrêté wallon du 29 mai 2008 supprime les plafonds (1 et 2 millions d'euros selon la taille de l'entreprise) de l'aide spécifique pour l'utilisation durable de l'énergie. Cependant, depuis l'arrêté du 14 mai 2009, un plafond à 1.5 millions d'euros a été fixé pour une PME dont l'activité devient la production d'énergie verte en vue de sa revente. Précisons que ce nouveau plafond ne s'applique par pour les entreprises jugées comme "auto-producteurs". Ce dernier arrêté change fondamentalement la formule de calcul de l'aide spécifique "énergie durable": du surcoût par rapport à une filière de référence (centrale électrique Turbine Gaz Vapeur), seul le gain en certificats verts valorisés à 65 € pendant les 5 prochaines années doit être déduit avant d'appliquer le taux de subside: 50% pour une PME à 20% pour une grande entreprise.
En Flandre, l'ecologiepremie répond à un mécanisme encore différent. Une PME recevra 40% du surcoût contre 20% pour une grande entreprise, avec un plafond commun de 1,75 millions €. En Région flamande, le surcoût d'une cogénération est un pourcentage fixe (ici de 50%) du montant total de l'investissement dans cette cogénération. Une PME recevra donc une aide de 40% du surcoût égal à 50% du montant initial, soit 20%, par exemple.
Bruxelles: plus complexe mais plus rentable
Prenons une unité complète de cogénération par biométhanisation ayant une puissance électrique de 1 MWé que l'on installe dans chacune des trois régions. En Région de Bruxelles-Capitale, l'investissement sera nettement plus important vu le coût du terrain prohibitif (150 €/m² contre environ 15 €/m² en Région wallonne), vu les contraintes urbanistiques (installation hermétique au bruit et aux odeurs, architecture en harmonie avec le voisinage) et environnementales (rejet d'eau à purifier, charroi à limiter, fumées d'échappement à dépolluer...). En corolaire, les coûts en matières premiers organiques et d'évacuation des digestats, ainsi que les coûts d'exploitation seront également plus important à Bruxelles que dans les autres régions. Cependant, les certificats verts abondants permettent d'amortir une telle installation dans les 4 ans, ce qui est assez exceptionnel.
Mais qu'elle sera la pérennité du facteur 5 pour l'octroi de certificats verts à une installation de biométhanisation en Région de Bruxelles-Capitale? Nul ne le sait...



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