Chez l’Oréal Libramont: -84% CO2 depuis août 2009!
Par Ismaël Daoud | Energymag | 06.11.09 | Publié dans Energymag N° 14 |
Grâce à un projet de cogénération par biométhanisation de 3.2 MWé, le plus important de la Région wallonne, L'Oréal à Libramont réduira dorénavant ses émissions de CO2 de 84% ! Mais réduira également sa facture d'énergie de 10 à 15 % sans avoir investi le moindre euro.
Voilà une proposition technico-économique que ne pouvait refuser l'Oréal. Avant ce projet, les besoins annuels en énergie de l'entreprise de cosmétiques basée à Libramont étaient de 9.600 MWh d'électricité et de 18.500 MWhPCI de gaz. Par multiplication des facteurs d'émissions en CO2 proposés par la CWaPE, les émissions de l'usine s'élèvent à près de 9 millions de tonnes chaque année. Précisons que l'entreprise l'Oréal à Libramont est trop "petite" que pour participer au système d'Emission Trading des quotas en CO2. Dorénavant, l'Oréal produira l'entièreté de ses besoins électriques et 85% de ses besoins thermiques avec les trois moteurs de cogénération alimenté en biogaz, mais revendra également 14 700 MWhé verts sur le réseau, l'équivalent de la consommation électrique de 4 200 ménages. Cependant, l'unité de biométhanisation va consommer 2 400 MWhé pour son fonctionnement et de l'énergie "grise" pour la préparation et l'acheminement des matières premières organiques pour la digestion anaérobie. Le bilan donne une émission résiduelle de 1.5 millions de tonnes de CO2 pour l'Oréal Libramont, soit une réduction de 84% !
Un montage juridico-financier optimisé
Produire de l'électricité et de la chaleur renouvelable est fort loin du métier de base de l'Oréal. Christophe Surleraux, du bureau de consultance Ecopex, l'avait bien compris lors de son premier contact avec l'entreprise de cosmétiques en juin 2006 : trouver un montage juridico-financier optimisé. La contrainte : trouver un investisseur autre que l'Oréal. Un préalable : concevoir un projet de cogénération par biométhanisation suffisamment rentable et solide que pour attirer des investisseurs. L'investisseur choisi, Bio Energie Europa, le plus grand fournisseur de biogaz au Benelux, dispose en outre de toute la compétence pour monter ce type de projet en "outsourcing". Outre le financement, Bio Energie Europa propose la conception, la construction puis l'exploitation et l'alimentation en résidus organiques de la cogénération par biométhanisation. Pour y parvenir, Bio Energie Europa regroupe trois autres entreprises : EVS – pour l'exploitation et les entretiens de l'unité complète; Agri Energie – pour la production de matières premières agricoles ; Bio Trans – pour le transport des matières premières. Cependant, Bio Energie Europa, producteur, ne pouvait fournir l'électricité produite à un client final, l'Oréal, sans obtenir une licence de fourniture d'électricité. Obtenir puis gérer cette licence est administrativement assez complexe et coûteuse. Par exemple, le fournisseur est responsable de l'équilibre réseau du point de fourniture. Il doit donc veiller à ce que, pour chaque quart d'heure, la quantité d'électricité livrée soit égale à la quantité d'électricité consommée. Si assumer cet équilibre pour un nombre important de client est relativement aisé, grâce à la dispersion des pointes de consommation électrique, l'assumer pour un seul client est fort délicat et donc coûteux.
A cela se rajoute les obligations de services publics à charge du fournisseur. Une de ses obligations est le retour quota en certificats verts. Pour l'année 2009, chaque fournisseur doit rendre 9% de sa fourniture d'électricité sous forme de certificats verts auprès de la CWaPE. Si le Gouvernement wallon accepte la proposition de la CWaPE, c'est-à-dire d'augmenter de 2% par an le retour quota plutôt que de 1% actuellement afin de maintenir l'équilibre indispensable entre offre et demande, le fournisseur d'électricité devrait rendre 11% de certificats verts en 2010, 13% en 2011 ... jusqu'à 41% en 2025, année de la fin de vie du projet de cogénération par biométhanisation pour l'Oréal. Ce retour quota vient donc en déduction de l'octroi des certificats verts pour cette cogénération par biométhanisation (environ 160%). Ce qui est trop pénalisant pour la rentabilité du projet. Pour éviter ces lourdeurs administratives, une solution pour l'instant unique en Wallonie a été mise sur pied. Plutôt que de fournir de l'électricité et de la chaleur à l'Oréal, Bio Energie Libramont –une ESCO créée pour ce projet– vend son biogaz à Eneco qui le fournit ensuite à l'Oréal qui produit l'électricité et la chaleur avec les trois moteurs Jenbacher que l'Oréal "loue" à Bio Energie Libramont. Eneco a donc obtenu une licence de fourniture de biogaz, nettement plus simple administrativement. Le montage juridico-financier est ainsi optimisé, Bio Energie Libramont étant détenu par Bio Energie Europa et Eneco.
Une réduction de 10 à 15 % de la facture d'énergie
Il restait ensuite à convenir d'un prix pour le biogaz livré par Eneco, forcément plus cher que le prix du gaz naturel. Car ce prix doit intégrer le gain en certificats verts, octroyés à l'Oréal, indispensable pour récupérer assez rapidement les 11 millions d'euros d'investissement dans l'unité de biométhanisation, réalisé par Bio Energie Libramont. Mais ce prix intègre également une économie financière de 10 à 15% sur la facture d'énergie de l'Oréal. L'accord ayant été conclu en octobre 2007, les travaux de terrassement des 1.5 ha de marécages concédés par l'Oréal à Bio Energie Europa ont commencé en novembre 2007. Ce ne sera qu'en juillet 2008 que le premier digesteur sortira de terre. Au total, il y aura quatre digesteurs de 3 600 m3 chacun, la plus grosse réalisation du fabricant allemand EnviTec Biogas AG, plutôt habitué à des installations de 500 kWé que de 3 200 kWé, un standard de l'autre côté de la frontière. Ces quatre digesteurs sont précédés d'un réservoir pour les matières premières liquides et suivies d'un réservoir pour le digestat. La séparation liquide/solide du digestat permet la production d'un fertilisant liquide et d'un compost, tous deux valorisés. Mai 2009, les matières premières (ensilage de maïs, son, résidus organiques industriels, effluents de laiteries et glycérines) sont introduites dans le 1er digesteur. Il faudra ensuite attendre trois mois avant que les bactéries ne produisent du biogaz suffisamment riche que pour être injecté dans les moteurs de cogénération et ainsi produire les premiers kWh verts.
Atteindre l'objectif wallon de – 30% CO2 d'ici 2020 est déjà largement dépassé par l'Oréal Libramont, qui profite en outre d'une réduction de sa facture d'énergie de 10 à 15%, sans avoir dû supporter le risque industriel d'un si beau projet. Espérons que cette cogénération par biométhanisation puisse être le début d'une longue série de réalisations tout aussi exemplaires. Notre planète en a bien besoin...


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