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Efficacite énérgetique: (re)mobilisation générale!

Dans l'industrie, le bâtiment ou le transport, le constat posé par la FEB en avril dernier est sans appel: en matière d'efficacité énergétique, la Belgique accuse un sérieux retard sur ses principaux voisins. Or, ceux-ci n'attendent pas. Dans la mesure où notre économie est intensive en énergie, le danger d'une perte de compétitivité pointe le nez. Sauf à réagir! Et faire de l'efficacité énergétique une priorité pour notre pays. Le potentiel d'amélioration est là: selon les experts de McKinsey, nous pourrions réduire de 29% la consommation d'énergie primaire d'ici à 2030 pour un coût sociétal quasi nul. Un enjeu de taille qui permettrait au pays d'économiser 5,2 milliards € sur sa facture énergétique annuelle, sans compter la création de 40.000 nouveaux emplois. Une manne considérable qu'il s'agit à présent de capter. La FEB lance ses pistes et convie l'ensemble des forces du pays à s'engager dans un pacte national.

Dans notre pays, la consommation énergétique par m2 dans les bâtiments est de 50 à 100% plus élevée que dans les pays voisins. La consommation de carburant dans le transport routier est l'une des plus élevées d'Europe en km parcouru et ne décline pas. Les améliorations de l'efficacité énergétique dans l'industrie belge, bien que considérables, restent inférieures à celles des meilleurs élèves de la classe européenne. Tel est le tableau en trois points dressé par McKinsey en avril dernier pour la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB).

Un portrait sans concession

Pour la première fois dans ce pays, on dispose d'un indicateur global d'efficacité énergétique à l'échelle nationale assorti d'un benchmark avec nos principaux voisins européens. Et surtout d'une vue précise quant au chemin à parcourir pour relever le défi de l'efficacité énergétique. En pratique, McKinsey a appliqué au niveau belge la courbe d'abattement CO2 (Global Greenhouse Gas Abatment Cost Curve) développée à l'échelle mondiale par le cabinet de conseil, mais en la limitant aux mesures d'efficacité énergétique et en les conformant à la variation du prix du baril de pétrole plutôt qu'au prix de la tonne CO2. En tout, près de 150 mesures évaluées tant sur leur cycle de vie technologique, que leur rendement financier et leur impact sur la consommation énergétique. L'objectif étant d'avoir un ensemble uniforme de données objectives pouvant servir de base à l'évaluation d'une politique. Le premier résultat à retenir est que la consommation d'énergie primaire baisserait à peine entre 2005 (368 millions de bep) et 2030 (366 millions de bep) si l'on se contente d'implémenter les seules mesures d'économie d'énergie déjà décidées. Basé sur cette tendance, à un prix du baril de 62$, la consommation énergétique du pays représenterait un coût de 15,1 milliards € en 2030 ou 3% du PIB attendu. Les émissions se monteraient à 185 mégatonnes (Mt) CO2éq, desquelles 47 MtCO2éq proviendrait du bâtiment, 26 MtCO2éq du transport et 77 MtCO2éq de l'industrie, ces trois secteurs comptant pour 90% de la consommation totale d'énergie primaire. C'est dire si le tableau est noir.

Un potentiel pourtant considérable

Mais, estime McKinsey, en appliquant de façon coordonnée l'ensemble des mesures étudiées, nous pourrions réaliser à un coût quasi nul pour la société 105 millions de bep d'économies d'ici à 2030. Le potentiel le plus important se situant dans les bâtiments (61 millions de bep), vient ensuite l'industrie (29 millions de bep) et le transport (15 millions de bep). La mise en œuvre de ces mesures exigerait un investissement annuel supplémentaire de 1,6 milliards € entre 2010 et 2020, et de 2,2 milliards € entre 2020 et 2030, réparti entre les trois secteurs étudiés. A un prix du baril de 62$, les futures économies d'énergie compenseraient cependant les investissements initiaux dans 93% des cas, avec des temps de retour moyens évalués à 4 ans dans l'industrie, 8 ans dans le bâtiment et 9 ans dans le transport. Au total, McKinsey chiffre l'économie nette sur la facture énergétique annuelle du pays à 5,2 milliards € d'ici à 2030, avec une latitude entre 3 et 10 milliards € suivant le prix du baril. Il faut encore ajouter 40.000 emplois qui pourraient être créés dans la filière de l'efficacité énergétique. Et les émissions de CO2 chuterait elles de 23%. Bref, à un coût du capital de 4% (taux des obligations d'état), l'investissement est largement rentable dans une perspective sociétale liant indépendance énergétique, lutte contre le changement climatique et développement économique. Le potentiel est connu, reste maintenant à trancher pour une politique réaliste. C'est l'exercice à laquelle s'est prêtée la FEB.

Vers des accords à long terme dans l'industrie?

Actuellement, la grande majorité de la consommation énergétique industrielle (90%) est couverte par des accords volontaires: accords de branche en Wallonie et "benchmarkingconvenanten" et "auditconvenanten" en Flandre. Par le biais de ces accords, l'industrie s'est engagée à améliorer son efficacité énergétique de 8,8% sur la période 2002-2012. Sur ce plan, la démarche est payante: une réduction de 6,7% est déjà réalisée à fin 2007, soit les trois quart de l'objectif. Là où le bat blesse, c'est que les objectifs belges sont de 20 à 40% inférieurs à ceux adoptés par nos voisins directs. Aux Pays-Bas, par exemple, les accords à long terme de l'industrie visent une réduction de 2,30% par an entre 2005 et 2020, soit nettement plus pour une industrie présentant pourtant une intensité énergétique comparable à la notre. Chez nos voisins allemands, les objectifs sont aussi plus ambitieux: 1,65% par an entre 2008 et 2016. Le renouvellement et le renforcement des accords volontaires au-delà de 2012 s'imposent donc. Et McKinsey suggère qu'ils soient étendus à l'ensemble des industries et fixés en objectif annuel sur une période suffisamment longue (2030) pour ancrer les entreprises dans une perspective d'investissement à long terme.

Potentiel d'économie d'énergie dans l'industrie
29 millions de bep en 2030

industrie-FR

Mesures: pour réaliser tout le potentiel d'économie d'énergie dans l'industrie, il faudrait recourir à un large éventail de mesures: améliorer la récupération de chaleur, installer des équipements consommant moins d'énergie, améliorer l'entretien de l'outil pour le maintenir en état optimal, affiner le contrôle des processus, équilibrer la production et la consommation des ressources, et adopter une série de leviers sectoriels. Il faudrait par ailleurs mettre en œuvre une série de mesures non liées à des investissements: accélérer les cycles, appliquer les pratiques "lean", changer les mentalités et les comportements des équipes de management et des travailleurs.

Coût: 5 milliards € sur la période 2010-2030, avec un délai de rentabilité de 4 ans en moyenne.

Economie CO2: 11 MtCO2 en 2030.

Source: "Pathways to world-class energy efficiency in Belgium", McKinsey 2009

Mise en place d'une Green Bank

Même si elle n'a pas encore émis de chiffres précis (quel taux annuel de réduction?), la FEB préconise elle aussi cette voie, mais en l'assortissant à deux conditions. D'une part, le maintien des incitants fiscaux déjà existants dans les accords volontaires actuels. D'autre part, la mise en place d'un mécanisme de soutien complémentaire sous la forme d'une Green Bank. Celle-ci serait financée par les recettes des ventes aux enchères des droits d'émissions belges aux entreprises soumises à l'ETS (Emission Trading Scheme). Imposée par la Commission Européenne dès 2013, ces enchères devrait rapporter quelques milliards € aux états membres. Une manne dont la FEB entend capter une part substantielle pour le financement du nouveau cadre des accords volontaires. Ainsi, cette Green Bank offrirait aux industriels de quoi financer à un taux attractif (OLO + 0,5%) leurs projets d'efficacité énergétique. En contre partie, ils auraient l'obligation de réaliser (ou faire réaliser via des tiers-investisseurs) tous les investissements en efficacité énergétique dont la rentabilité est supérieure à 10%. Pour les investissements dont la rentabilité se situe entre 10 et 15%, ils bénéficieraient, à hauteur de 50% de l'investissement, d'un prêt subordonné auprès de la Green Bank. Pour les investissements dont la rentabilité est inférieure à 10% (mais supérieure à 6%), les accords ne prévoiraient pas d'obligation d'exécution, mais une incitation grâce à un prêt de la Green Bank pouvant aller jusqu'à 90% de l'investissement. Enfin, dit la FEB, pour capter l'ensemble du potentiel d'efficacité énergétique évalué par McKinsey, il est judicieux d'élargir le périmètre des accords volontaires au-delà des limites des sites industriels, et notamment à la logistique ou à l'ensemble du cycle de vie des produits.

Un nouveau cadre pour le bâtiment

L'étude de McKinsey le rappelle avec clarté, aucun pays en Europe ne consomme plus d'énergie par m2 dans les bâtiments que la Belgique. Le pays paie ici doublement l'âge avancé de son parc immobilier et des années d'incurie en matière de réglementation thermique des bâtiments. Pour ne citer qu'un exemple, la pénétration du double vitrage n'est que de 36% en Belgique contre près du double (71%) au Royaume-Uni. Résultat: avec une consommation annuelle moyenne de 348 kWh/m2, le bâtiment belge est à +72% de la moyenne européenne (203 kWh/m2/an) alors que la demande en chauffage liée à notre climat est de 14% inférieure à la moyenne européenne. Jusqu'ici largement épargné par des réglementations contraignantes, le bâtiment devrait aujourd'hui se voir mix à l'index, d'autant qu'il présente le plus gros potentiel d'économies: 61 millions de bep. A l'image de ce que la France s'engage à faire avec ses lois Grenelle ou les Pays-Bas avec leur programme "Meer met Minder", la FEB plaide pour une politique globale du secteur. Que propose-t-elle? Pour la construction neuve, tendre progressivement vers des bâtiments basse consommation en faisant passer la norme E100 à E50 d'ici à 2015. Mais étant donné que le taux de renouvellement du parc immobilier n'est que de 1% par an en Belgique, ce sont surtout les 4 millions de bâtiments existants qui devront faire l'objet des plus gros efforts.

Potentiel d'économie d'énergie dans le bâtiment
61 millions de bep en 2030

batiment-FR

Mesures: pour réaliser tout le potentiel identifié, la Belgique devrait appliquer les normes "passives" à tout son parc immobilier, fixer des objectifs ambitieux en matière d'efficacité énergétique pour les éclairages, pour les appareils électriques et pour les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation, et changer les comportements individuels (par exemple, réduire le recours aux appareils ménagers ou la taille des nouvelles habitations).

Coût: 24 milliards € sur la période 2010-2030, avec un délai de rentabilité de 8 ans en moyenne.

Economie CO2: 25 MtCO2 en 2030.

Remarque: ces mesures pourraient créer jusqu'à 20.000 emplois.

Source: " Pathways to world-class energy efficiency in Belgium", McKinsey 2009

Réhabiliter massivement l'existant

La FEB suggère ainsi de rendre obligatoire les certificats de performance énergétique dès 2015 pour les grands bâtiments (publics, immeubles de bureaux et à appartements) et dès 2018 pour l'ensemble des habitations privées. Surtout, elle plaide pour que ces certificats constituent de véritables audits énergétiques susceptibles d'informer clairement le propriétaire sur l'état du bâtiment et les mesures d'améliorations les plus efficaces et rentables à mettre en œuvre, ainsi que les incitants existants pour ce type d'investissements. La FEB entend donc privilégier dans un premier temps l'incitatif, arguant que la rentabilité des investissements en économie d'énergie dans les bâtiments est encore trop méconnue des propriétaires. Et de citer en exemple un temps de retour inférieur à 5 mois pour l'isolation des toits. Reste que le temps de retour moyen de l'ensemble des mesures identifiées par McKinsey est de 9 ans, pour un investissement global estimé à 24 milliards €, ce qui nécessitera d'accélérer la transition par un cadre plus contraignant. La FEB appelle donc les autorités publiques à mettre en place dans chaque région d'ici à 2020 une politique de rénovation ambitieuse pour l'ensemble du parc existant. Elle invite également les pouvoirs publics à jouer leur rôle exemplaire en équipant d'ici à 2015 tous les bâtiments publics de vitrages à haut rendement, de toits isolants et de systèmes de chauffage énergétiquement efficaces.

Vers une électrification du parc automobile?

C'est sans doute dans le domaine du transport que les pistes de la FEB se révèlent les plus tranchantes. En marge de mesures, dites "traditionnelles", comme une fiscalité automobile plus verte, la généralisation des "green car policy" dans les entreprises et les administrations ou un meilleur développement des transports en commun, elle plaide ni plus ni moins pour que le pays devienne un "early mass adopter" dans le domaine de la voiture électrique. La FEB entend ainsi créer un groupe d'experts chargé d'analyser la faisabilité d'une électrification "drastique" du parc de véhicules en Belgique et de faire rapport pour 2010. Ce faisant, elle ne semble pas prendre en compte une généralisation massive des transports en commun, mais privilégier le réalisme d'une industrie automobile source de croissance économique pour le pays. La nouvelle ravira les constructeurs et les électriciens, mais est-ce réaliste? Les experts de McKinsey font valoir que les véhicules EVs (véhicule tout électrique) arriveront commercialement sur le marché belge à l'horizon 2012-2015. Et que dans cette optique, les pays doivent choisir au plus tôt les technologies qu'ils entendent privilégier afin de réaliser les investissements appropriés. Pour les véhicules électriques, essentiellement le déploiement à grande échelle de stations de charge ou d'échanges de batteries, de façon à rendre attractive le segment de marché. Ainsi, toujours selon McKinsey, si nous suivons simplement la tendance mondiale actuelle quand au développement d'une infrastructure automobile électrique, le taux d'équipement en véhicules EVs n'atteindrait en 2030 que 4% du parc installé, contre 20% pour les pays qui adoptent dès aujourd'hui cette option technologique.

Potentiel d'économie d'énergie dans le transport
15 millions de bep en 2030

transport-FR

Mesures: réaliser tout le potentiel identifié supposerait une combinaison d'incitants, de pénalités et d'investissements pour encourager l'adoption de véhicules plus efficaces (moteurs à combustion interne à haut rendement, et véhicules hybrides à court terme et électriques à moyen terme) et, d'autre part, des investissements et une meilleure qualité de service pour favoriser l'usage plus fréquent des transports en commun. En plus, le pays pourrait mettre en place une infrastructure routière dotée d'une meilleure efficacité énergétique (solution de gestion de trafic) et favoriser les changements comportementaux qui économisent l'énergie (écoconduite).

Coût: 10 milliards € sur la période 2010-2030, avec un délai de rentabilité de 9 ans en moyenne.

Economie CO2: 6 MtCO2 en 2030.

Remarque: ces mesures pourraient créer de 10 à 20.000 emplois.

Source: "Pathways to world-class energy efficiency in Belgium", McKinsey 2009

L'exemple du Danemark

Plusieurs pays ont déjà franchit le cap, fait valoir McKinsey. Comme le Danemark, où l'électricien local Dong Energy, en partenariat avec l'entreprise Better Place investi plusieurs centaines de millions € dans un réseau de recharge de voitures électriques. À partir de 2011, l'Alliance Renault-Nissan commencera à commercialiser par l'intermédiaire d'un vaste réseau une gamme complète de véhicules électriques spécialement adaptés aux exigences des consommateurs danois. Ces automobiles bénéficieront des produits et services de mobilité de Better Place. L'initiative est supportée par le gouvernement danois qui exemptera les véhicules électriques des taxes à l'achat, alors que cette taxation peut aller jusqu'à 180% pour les véhicules à moteur thermique. Cette stratégie danoise est possible en partie grâce à son mix électrique. Le pays a en effet déjà massivement migré à l'énergie renouvelable et produit actuellement 20% de son électricité grâce à l'éolien. On le sait, à défaut de pouvoir stocker l'électricité produite en excédant, comme c'est le cas avec le renouvelable, le Danemark exporte aujourd'hui près de 7% de sa production éolienne vers ses voisins. Avec le modèle Better Place, le pays pourra se servir du réseau d'électricité et des batteries des véhicules électriques pour exploiter et stocker en abondance cette énergie afin de l'utiliser en fonction des besoins des véhicules. Aussi, dans la perspective d'un développement massif de l'éolien en mer du nord, une "stratégie" comparable pourrait être adoptée chez nous. Signalons qu'à lui seul, le passage à l'électricité pour tous ses véhicules permettrait au Danemark de réduire de 17% ses émissions de CO2 actuelles. Pour avoir rencontré la Ministre Danoise de l'énergie et de l'environnement au World Business Summit on Climate Change qui se tenait en mai dernier à Copenhague, sa détermination ne fait aucun doute et traduit l'ambition de son pays. Bref, si la FEB fait ici un acte de foi pour le moins ambitieux, l'exemple du Danemark montre que cela paie.

Bientôt une loi Energie-Climat!

A bien y regarder, l'ensemble de ces recommandations ressemblent furieusement aux lois climat votées en France ces derniers mois et au Royaume-Uni l'an dernier. La différence, c'est que la France et la Grande-Bretagne en sont déjà aux textes d'application quand nous n'en sommes encore qu'au stade d'un catalogue d'intentions. Néanmoins, l'initiative de la FEB aura sans doute fait office de catalyseur. Lors du Forum des Entreprises du 22 avril dernier, le Ministre fédéral de l'Energie et du Climat, Paul Magnette, a embrayé pour annoncer la mise en chantier d'une loi nationale énergie climat qui viendrait remplacer le peu ambitieux Plan Climat. Une bonne nouvelle qui est saluée par la plupart des acteurs. Car une loi à l'échelle nationale sera d'autant plus souhaitable que la coordination de l'ensemble des outils législatifs et fiscaux sera nécessaire. D'ici là, la FEB fourbit ses armes pour traduire de façon concrète ses pistes.

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