Ajouter aux favoris
(0 votes)

Quotas énergétiques renforcés et tiers investissement au Sart Tilman

Le renouvellement d'un contrat de maintenance des installations est l'occasion de renforcer les exigences d'efficacité énergétique. C'est un minimum requis. Mais le manque de moyens financiers et la lourdeur de la loi sur les marchés publics limitent encore la mise en œuvre de grands projets de rénovation énergétique.

Les quotas énergétiques en garantie totale, Axima Services les pratique depuis 20 ans déjà à l'Université de Liège. Ils font partie intégrante du contrat de maintenance des installations qui lie l'université au gestionnaire technique. Le principe est simple: pour chaque bâtiment, le prestataire s'engage sur une consommation énergétique donnée pour un niveau de confort défini et tenant compte d'un profil d'usage. Si la consommation dépasse les quotas, le prestataire en assume les coûts. Dans le cas contraire, les économies réalisées sont partagées entre l'université et celui-ci.

Un contrat win-win

"Le prestataire a l'incentive qui l'incite à investir dans les installations qu'il gère, les gains potentiels lui permettant de récupérer ses investissements sur une durée de contrat suffisamment longue. Chacune des parties a ainsi un objectif commun tendant à améliorer l'efficacité énergétique", précise Christian Evens, directeur de l'Administration des Ressources Immobilières de l'ULg. Et de fait, cela marche. Grâce aux investissements réalisés par Axima, principalement dans la conduite des installations via une gestion technique centralisée, l'efficacité énergétique du site s'est fortement accrue au cours des ans. Il est vrai que l'université partait de loin, avec l'un des rares sites en Belgique équipé d'un gros réseau de chaleur (4 chaudières de 66 MWth au total), affaire complexe à gérer et optimiser. Mais qu'on ne s'y trompe pas: dans ce type de contrat, il s'agit principalement d'optimiser l'exploitation des installations. Un minimum aujourd'hui, mais qui n'est plus suffisant. Avec une facture énergétique avoisinant les 10 millions € par an (énergie électrique, gaz et fuel confondus), l'ULg est un gros consommateur d'énergie, et son système de production centralisé pour l'ensemble du site du Sart Tilman lui vaut d'être soumis au système européen de quota d'émissions de CO2 (15.000 tonnes par an). Un carcan contraignant qui l'oblige à réduire ses émissions. "Les gains de productivité faciles ont été réalisés, il faut maintenant passer à la vitesse supérieure. Le renouvellement du contrat de maintenance était à la fois le souhait et l'opportunité d'aller un cran plus loin", enchaîne Christian Evens. Le nouveau contrat porte ainsi sur 10 ans. Il reconduit le système des quotas d'énergie en le renforçant. "Mais les investissements seront plus lourds et les temps de retour plus longs, ce qui ne devrait pas permettre des gains spectaculaires. Les quotas d'énergie sont surtout là pour garantir la bonne maîtrise des consommations". Néanmoins, Axima réalisera de nouveaux investissements dans les domaines où la régulation peut encore être améliorée et où la rentabilité le lui permet. Parallèlement, le gestionnaire technique aura également la charge, sous le contrôle d'une association composée d'AT Osborne, du bureau Deplasse et de TGI dont l'université s'est attachée les services, de mener des audits sur toutes les pistes d'amélioration des consommations énergétiques en phase avec les moyens d'investissement de l'université. Un exemple: la gestion de la température dans le réseau de chaleur. "Les pertes de distribution sont directement proportionnelles à la température. Si on arrive à baisser celle-ci sans diminuer le confort, les économies sont conséquentes. Axima procédera à des essais cet été sur une branche du réseau. Si c'est concluant, nous l'appliquerons sur l'ensemble du réseau à la reprise de la saison de chauffe".

Trois cogénérations en tiers financement

L'autre volet du contrat porte sur le tiers financement de trois unités de cogénération: deux moteurs au gaz de 140 kWé/200 kWth qui alimenteront en stand alone les piscines du centre sportif et le nouveau restaurant; ainsi qu'une cogénération avec chaudière vapeur au bois couplée à une turbine d'une puissance de 1,5 MWé et 7MWth de récupération connectée sur le réseau de chaleur. "C'est le gros volet de la négociation: Axima financera l'installation de ces unités. L'investissement porte sur plusieurs millions €. C'est un contrat classique de tiers financement en hors bilan dont le remboursement est étalé jusqu'au terme du contrat qui nous lie à Axima"

C'est Axima cependant qui garantira l'approvisionnement en biomasse (pellets de bois) et assumera une partie du risque prix sur le combustible, la matière étant encore trop complexe pour être gérée directement par l'Université. Ce que confirme Christian Evens: "Pour un projet biomasse, l'investissement est facile à circonscrire, l'évolution du prix du combustible l'est par contre beaucoup moins. Entre nos hypothèses de départ et aujourd'hui, les chiffres sont très différents. Ce type de contrat nécessite une certaine souplesse. Nous avons d'ailleurs prévu de pouvoir convertir la chaudière au gaz si nécessaire, une clause à charge d'Axima".

Adapter la loi sur les marchés publics

Ces résultats contractuels ont été obtenus en procédure négociée, car toute médaille a son revers et le contrat conclu il y a 20 ans ne pouvait pas prévoir qu'après autant d'années de gestion par une même société et l'installation d'automates programmables permettant une régulation sophistiquée du chauffage auraient pour conséquence une perte d'informations telle que l'Université se trouverait dans l'impossibilité de consulter le marché de façon équitable et de développer rapidement une politique énergétique adaptée à l'évolution de la conjoncture. Cette situation dont a hérité l'Administration des Ressources Immobilières, confirmée par l'analyse de ses consultants externes, est aussi la conséquence de plusieurs années de vaches maigres suivie d'une pénurie d'ingénieurs spécialisés sur le marché de l'emploi, ce qui a réduit le personnel compétent en la matière à sa plus simple expression.

Afin de ne pas prendre le risque d'une période transitoire de plusieurs années, le nouveau contrat fut négocié en prévoyant avant tout le transfert du savoir-faire d'Axima vers les équipes techniques du Sart Tilman, à charge pour la société d'assurer la maintenance des installations et la mise en place des mesures exposées plus haut. Et Christian Evens d'insister sur un point: les difficultés liées à la loi sur les marchés publics. "La situation des marchés de l'énergie, où tout évolue très vite et de façon inattendue, et les pressions pour les économies d'énergie, où l'urgence n'est pas à démontrer, sont hélas peu compatibles avec la loi sur les marchés publics. Nous sommes très frustrés. Les techniques deviennent tellement pointues, aussi bien dans les installations que sur les marchés des combustibles, que cela rend les choses difficiles à suivre dans le cadre des marchés publics. Le contexte a évolué plus vite que la loi, je pense qu'il est grand temps de réfléchir à des dispositions qui permettent de garantir les grands principes d'équité, mais qui permettent aussi d'avancer beaucoup plus vite qu'actuellement. Cela ne pourrait qu'être bénéfique, car ce n'est pas facile à gérer tout en étant pleinement efficace. Il faut bien reconnaitre que, outre l'argent, les compétences de pointe et le personnel spécialisé se trouvent dans le privé, alors que nos ingénieurs resteront toujours des généralistes. Peut-on imaginer qu'un médecin généraliste qui détecte un problème doive lancer une procédure d'une durée de 6 mois pour choisir le spécialiste le moins cher, puis attendre un an pour pouvoir commander un traitement? C'est un peu provocateur mais, toute proportion gardée, c'est un peu notre situation".

Le poid de l'isolation

Un plaidoyer en forme d'avertissement. Car le gros des économies d'énergie à l'ULg est encore loin d'être atteint. "Avec ce qui précède, nous aurons énormément progressé sur tout ce qui relève de la production de nos énergies et de la régulation, et le nouveau contrat de maintenance nous permettra d'encore améliorer nos performances tout en récupérant la maîtrise de nos installations. Mais notre parc immobilier datant des années 60 pour les premières constructions, celui-ci est mal isolé. Nous avons 80 bâtiments à traiter ce qui, rien qu'au niveau isolation des enveloppes extérieures (murs et châssis) exigerait un investissement pouvant aller jusqu'à 1,5 million € pour un bâtiment de taille moyenne –nous en sommes à ±2.000.000 € pour la seule isolation thermique du bâtiment B31 au Sart Tilman!–, moyens que nous n'avons évidemment pas, d'autant que les universités sont exclues des aides UREBA de la Région Wallonne. Ce sont pourtant des investissements urgents à réaliser, tout le monde s'accorde à dire qu'il est grand temps de s'attaquer à l'enveloppe du bâtiment. Il en va de même pour l'éclairage qui est loin d'être performant. Il y a également d'autres domaines où l'on a beaucoup à faire. A l'avenir, nous devrons trouver des solutions pour cela. La perspective que le tiers financement et les contrats de performance énergétique puissent se développer vers ce type d'investissements avec les outils appropriés en regard de la loi sur les marchés publics est dès lors une bonne nouvelle, cela nous faciliterait grandement la tâche", conclut Christian Evens.

Quand la chaufferie passe (partiellement) au vert

Mise en service en 1965, la chaufferie dessert le campus universitaire (500.000 m2) du Sart Tilman en eau surchauffée via un réseau de chaleur de 22 kilomètres à trois branches. C'est l'un des plus grands réseaux de chaleur actuellement en Belgique, qui alimente également le restaurant et le centre hospitalier en vapeur basse pression. Imposante et "futuriste", la chaufferie comprend 4 chaudières polycombustibles aux puissances respectives de 20, 12, 20 et 22 MW. La saison de chauffe s'étend du 15 octobre au 15 mai. En situation normale, seules deux chaudières sont en activités, les deux autres servant la pointe en cas de grand froid. Depuis 2005, le Sart Tilman s'est massivement reporté sur le gaz naturel dont la part tourne actuellement à 90%. Reste qu'avec une telle puissance, le site est soumis au système européen d'échange de quotas CO2. Il était donc crucial pour l'ULg d'anticiper l'avenir et de moderniser son installation. Elle a donc profité du renouvellement de son contrat de maintenance pour intégrer la cogénération et l'énergie renouvelable dans son dispositif. Le site sera à la fois centralisé et décentralisé. Deux petites unités de cogénération au gaz seront installées au plus proche des points de consommation: le centre sportif et ses piscines ainsi que le nouveau restaurant. Une cogénération biomasse (chaudière vapeur couplée à une turbine délivrant une puissance de 1,5 MWé et 7 MWth en récupération de chaleur) viendra compléter la chaufferie afin de réduire conséquemment les émissions de CO2 et les coûts d'énergie. "Outre l'impact CO2, cette chaleur verte contribuera également à générer des économies chiffrées en plusieurs centaines de milliers €, gains que nous réinvestirons dans l'amélioration thermique de nos bâtiments", précise Christian Evens.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir